C’est une petite phrase lâchée à l’autre bout du monde qui présente un intérêt particulier en Suisse, alors que la réflexion sur l’achat de nouveaux avions de combat est en cours. Vendredi, dans le cadre du salon de l’aéronautique d’Avalon en Australie, Jeff Babione, cadre auprès du constructeur américain Lockheed Martin, a affirmé être en contact avec plusieurs gouvernements pour l’achat de l’avion de chasse F-35. L’agence Reuters rapporte ces propos: «Nous parlons à plusieurs autres pays – la Suisse, la Belgique, l’Espagne».

Contacté, le Département de la défense (DDPS) de Guy Parmelin dément formellement. «Il n’y a eu aucun contact portant sur le thème de l’acquisition d’avions de combat entre le DDPS et Lockheed Martin, indique Karin Suini, porte-parole du Département. La même situation prévaut pour les autres fournisseurs possibles».

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Rapport rendu en mai

Et pour cause. Un tel contact serait prématuré. Après l’échec de l’achat du Gripen en mai 2014, le Conseil fédéral a bien annoncé son intention de procéder à l’acquisition de nouveaux avions de combat avec le programme d’armement 2022.

Mais le rapport du groupe d’experts sur la question est attendu en mai prochain. Et c’est seulement sur la base de ce rapport et des recommandations émises par un groupe d’accompagnement politique instauré par Guy Parmelin que le Conseil fédéral arrêtera un nouveau concept de sécurisation de l’espace aérien. Le Parlement se prononcera ensuite et éventuellement le peuple. La question clé de ce dossier – quels avions pour quelles missions et quel budget? – est donc loin d’être tranchée.

Agence de lobbying suisse engagée

Comme le révélait Le Temps en octobre dernier, le constructeur américain Lockheed Martin cherche à se positionner depuis plusieurs mois dans la Berne fédérale dans la perspective de l’achat de nouveaux avions de combat. Il a déjà engagé une agence suisse de lobbying et de communication. L’ambassade américaine à Berne, encore sous le gouvernement de Barack Obama, s’est elle aussi montrée active en invitant des responsables de l’armée et de l’industrie suisse à un événement informatif dans un hôtel bernois.

Les déclarations faites vendredi par Lockheed Martin sont toutefois à mettre davantage en perspective avec le contexte national dans lequel évolue l’entreprise qu’avec son appétit pour le marché helvétique.

La pression de Donald Trump

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier, le président américain Donald Trump met une grande pression sur le fabricant du F-35, les Etats-Unis étant tout à la fois client et concepteur de l’avion. Or le coût du programme F-35 s’établit désormais à plus de 400 milliards de dollars pour le Pentagone, soit deux fois plus que prévu au départ, tandis que le prix de l’appareil reste élevé.

Le 3 février dernier, après plusieurs critiques exacerbées de Donald Trump, le Pentagone a annoncé que le F-35, considéré par les spécialistes comme la Rolls-Royce des jets de combat, sera facturé à l’avenir moins de cent millions de dollars pièce. La Maison Blanche en a fait «une nouvelle victoire du président au profit du contribuable américain». Ajoutant à la pression, le président Donald Trump, en visite fin février dans une usine de Boeing, le concurrent américain de Lockheed Martin, a fait miroiter l’achat d’avions Super Hornet, de quoi rendre le fabricant du F-35 encore plus nerveux.

Prix sensiblement moins cher

Dans ce contexte, Lockheed Martin a besoin de décrocher de nouveaux contrats pour faire baisser le coût de son appareil. Onze pays lui ont aujourd’hui passé commande, dont l’Italie, la Norvège, l’Australie, les Pays-Bas ou encore le Danemark. Copenhague a commandé 27 avions F-35 pour 3 milliards de dollars, soit 111 millions pièces. Le but du groupe américain est désormais d’abaisser le prix à 80 millions de dollars l’unité d’ici 2020.

Rappelons que le coût avait joué un rôle majeur lors du choix du Gripen en 2011. L’offre du groupe Saab était environ un milliard de francs inférieure à celles faites alors par Rafale et EADS. Le jet suédois était devisé à 50 millions de francs par appareil. L’ensemble de l’acquisition, avec le développement et l’équipement notamment, s’établissait à 3,126 milliards de francs pour 22 Gripen, soit environ 140 millions par appareil.