Rechute en enfer. Après l'amélioration de l'an dernier, les comptes 2000 de l'Etat de Vaud présentent, avec un déficit de 390 millions de francs, le plus mauvais résultat depuis 1994. Il y a un an, pour la première fois de la décennie, le canton était à nouveau en mesure de financer son ménage courant. «Cette fois, nous devons à nouveau emprunter pour vivre», a relevé le conseiller d'Etat Charles Favre en présentant les grandes lignes des comptes encore provisoires.

Certes, ces comptes sont très proches du budget. C'est même la seule bonne nouvelle, a admis le patron des finances cantonales. La qualité du travail technique s'est améliorée, alors que de grandes différences avaient été la règle toutes ces dernières années. Mais rarement une telle conformité aux prévisions n'aura été si difficile à faire passer: à la suite de l'embellie de l'an dernier, de l'amélioration de la conjoncture et de l'explosion de recettes de la Confédération, toute la classe politique avait anticipé un résultat nettement meilleur que prévu. Charles Favre lui-même avait déclaré s'attendre à un déficit réduit de moitié. La plongée annoncée hier fait d'autant plus mal que le canton est isolé alors que la plupart des autres communiquent ces jours de bonnes nouvelles (Le Temps de mardi). Vaud présentera sans doute le plus mauvais résultat de Suisse.

Comment l'expliquer? La reprise économique a très peu influencé les recettes fiscales, perçues sur les années 1997 et 1998, qui n'ont crû que d'un insignifiant 0,2%, répondent les responsables cantonaux. C'est la faute à la taxation bisanuelle, 2000 étant la seconde année de la période. En retard, le canton de Vaud n'introduira la taxation annuelle qu'en 2003. En outre, Vaud réagit moins vite à la conjoncture que Genève: l'impôt sur les personnes morales ne produit qu'un sixième des recettes, contre 50% chez les voisins genevois.

Dans ces comptes, les 184 millions de charges supplémentaires par rapport au budget proviennent pour plus de la moitié d'éléments imprévisibles: Lothar, taux d'intérêts en hausse (la charge de la dette a augmenté de 20% en un an), provision pour débiteurs fiscaux. Le reste provient notamment d'une démographie scolaire galopante (+50 millions). A noter que n'est pas encore pris en compte ce qu'il faudra rembourser aux pensionnaires des EMS, ni à la Confédération pour les surfacturations de la Fareas.

Présentés aux députés, ces comptes semblent les avoir plongés dans l'abattement. Le chiffre de 400 millions marque un retour à la case départ. D'abord pour le gouvernement de centre droit, qui, ayant fait de l'assainissement des finances sa mission première, se retrouve bien peu avancé à un an des élections. La classe politique risque de retomber dans les affrontements stériles que l'on espérait dépassés. Après l'échec devant le peuple de sa méthode dure de redressement, le gouvernement avait consenti à un exercice de concertation. Mais, l'amélioration économique aidant, le potentiel de recettes nouvelles et d'économies dégagé par la Table ronde n'a guère été exploité. La loi fiscale élaborée dans la foulée ne rapportera pas un sou de plus à l'Etat.

La gauche s'attend maintenant à «une nouvelle offensive de Charles Favre», à travers la planification financière 2002-2004 annoncée pour avril. Les libéraux, qui viennent de lancer une initiative pour supprimer l'impôt sur les successions (perte de 60 millions pour l'Etat), réclament «l'abandon des missions non stratégiques de l'Etat». Les radicaux, eux, s'opposeront à toute concession fiscale. Charles Favre affirme que «malgré les efforts d'économie importants déjà consentis, il n'y a d'autre issue que de poursuivre la politique d'austérité». Les enveloppes de l'université, de l'école et du CHUV étant bloquées pour quelques années, les appétits se tournent vers les fonctionnaires, dont le nouveau statut est toujours en gestation. Dans les couloirs, les députés énumèrent les gros investissements qui risquent d'être remis au tiroir: le métro lausannois M2, l'usine d'incinération Tridel, le nouveau musée des beaux-arts.