Pascal Broulis, chef des finances vaudoises et grand défenseur de forfaits fiscaux, a pu brandir un argument de poids mardi soir lors du débat d’Infrarouge consacré à la votation du 30 novembre prochain. Un contribuable taxé à la dépense vient de donner par testament cent millions de francs au canton, pour alimenter une fondation d’aide à la recherche. «100 millions au minimum», a précisé le lendemain le magistrat, assurant que «si le défunt avait été domicilié à Londres, il aurait laissé son argent à Londres.»

Le conseiller d’Etat ne veut pas révéler le nom du généreux donateur, en raison du secret fiscal qui couvre la succession tant que celle-ci n’est pas réglée, ce qui pourrait prendre douze à quinze mois. Le mécène, un nonagénaire domicilié sur la Riviera et décédé en septembre, a exprimé comme dernière volonté la création d’une fondation à but non lucratif «pour soutenir des projets innovants issus d’écoles polytechniques». A l’EPFL, on indique ne pas savoir de qui il s’agit, ni connaître les contours du projet de soutien. Hasard, le président de l’Ecole Patrick Aebischer s’est réjoui, mercredi dans les colonnes du Temps, d’une «augmentation significative de dons très importants par de généreux philanthropes pour des domaines ciblés».

«Il ne faut pas voir dans les contribuables au forfait des cochons de riches, mais saluer leur apport», profite de déclarer l’argentier vaudois. Selon Pascal Broulis, les 1400 forfaitaires enregistrés dans le canton figurent pour la plupart dans le petit groupe des 3100 contribuables (sur 430 000) qui paient plus de 140 000 francs d’impôt.

Des donations d’une telle importance sont très rares, indépendamment du statut fiscal de leurs auteurs. «Les legs d’un million sont courants, résume Pascal Broulis. Des dons de cinq à dix millions de francs, on en reçoit quelques-uns, au-delà cela fait date.» En 2010, Branco Weiss a laissé en mourant 100 millions de francs à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. En 2007, Adolphe Merkle avait laissé une somme similaire à l’Université de Fribourg. Les 300 millions légués par Antoine Leenards en 1995 pour la fondation du même nom ont marqué les mémoires. On évoque encore le cas d’un riche Anglais dont l’héritage de 100 millions avait permis à Montreux d’éponger ses dettes, cette même Riviera où vivait le forfaitaire récemment décédé.

«C’est étonnant que cela sorte comme ça», commente le député socialiste Samuel Bendahan, engagé dans la campagne contre les forfaits fiscaux, qui participait aussi au débat d’Infrarouge. Non qu’il doute de la réalité de cet opportun héritage, mais se dit surpris qu’un magistrat «connu pour être à cheval sur le secret fiscal puisse lâcher en pleine campagne politique une information qu’il connaît grâce à sa fonction de conseiller d’Etat.» L’élu socialiste ne conteste pas que les forfaitaires soient importants pour le fisc, mais note que «leur fortune est elle aussi énorme.»