«Avec Energie 2000, la Suisse soutient à la petite semaine les énergies renouvelables et les économies d'énergie. Si les redevances énergétiques sont acceptées le 24 septembre, on pourra enfin passer la vitesse supérieure avec des moyens accrus.» Ingénieur à La Sagne (NE), Pierre Renaud ne cherche pas à idéaliser les solutions énergétiques alternatives. «A long terme, la Suisse n'échappera pas à une remise en question de son approvisionnement énergétique. La nécessité de développer des solutions diversifiées, propres et rentables relève du bon sens.» Aujourd'hui déjà, de telles solutions, certes peu spectaculaires, existent. A l'image du réseau de chauffage à distance brûlant des copeaux de bois que Pierre Renaud a installé à Reconvillier. Une dizaine de bâtiments publics sont raccordés, autant de ménages et surtout, principal client, une industrie, l'Union métal suisse, qui a choisi il y a deux ans cette formule alternative et rentable de chauffage. Ce projet a valu à la commune de recevoir le Prix solaire 1999.

L'installation, d'une puissance de 1,4 MW, brûle 5000 à 6000 m3 de copeaux par an. La forêt fournit la chaleur à la place du mazout. Ce sont chaque année 450 000 litres de mazout qui sont économisés tout en déchargeant 1200 tonnes de CO2 par an. Que l'on utilise une chaudière à bois, à gaz ou à mazout, les rendements énergétiques sont aujourd'hui comparables, assure Pierre Renaud. En revanche, le prix du mazout est désormais supérieur à celui du bois. Aux cours du jour, les 100 litres de mazout valent 60 francs; il faut investir entre 40 et 50 francs de bois pour obtenir les mêmes performances calorifiques. Seule l'installation technique d'un tel système de chauffage collectif coûte, en comparaison, plus cher pour une famille. «D'environ 20%», précise l'ingénieur. C'est cette différence dissuasive au moment de l'investissement de départ qu'il s'agit d'effacer par un subside incitatif. Le produit des redevances doit permettre de multiplier les installations, d'en baisser à terme leur coût, et de raccourcir la durée de l'amortissement.

On ne compte plus les exemples de réussites technologiques tout à fait étonnantes. Isolation et rénovation des immeubles; optimisation de l'exploitation énergétique de grands bâtiments, par exemple en redimensionnant les chaudières, en récupérant de la chaleur ou en affinant les réglages des appareils); application de technologies induisant une consommation parcimonieuse du courant électrique: l'utilisation rationnelle de l'énergie est l'un des domaines qui profiterait des subventions dégagées par les redevances énergétiques. L'autre étant le soutien à la production d'énergies renouvelables comme l'électricité photovoltaïque, la récupération thermique de l'énergie solaire pour chauffer l'eau, l'électricité éolienne, le biogaz, le thermique à bois.

Energie 2000, qui devait donner un coup de fouet au développement de ces technologies prometteuses, n'a pas reçu les moyens de ses ambitions. Le programme initié après le vote sur le moratoire nucléaire de 1991 devait tourner avec 170 millions par an. Mais la récession a vite balayé ce vœu du Conseil fédéral. La Confédération met aujourd'hui péniblement 55 millions par an pour soutenir de tels projets. «Si le triple non l'emporte le 24 septembre, ce sera le statu quo. On prolongera le saupoudrage», s'inquiète Pierre Renaud. Il est prévu qu'Energie 2000, qui arrive à son terme à la fin de l'année, soit reconduit, d'année en année, sous la nouvelle appellation Suisse Energie, pour un montant similaire d'environ 50 millions par an. Les taxes soumises en votation permettraient justement d'en faire plus. A trop parler de leurs coûts, on oublie souvent d'en signaler les bénéfices, c'est-à-dire la multiplication des projets énergétiques qui n'attendent qu'un coup de pouce pour être réalisés. Les montants à disposition seraient, dans le cas de la redevance promotionnelle, d'environ 300 millions par an une fois soustraite la part affectée à l'entretien des barrages; de 750 millions par an dans le cas de l'Initiative solaire (0,5 ct./kWh).