La crise sanitaire a affecté le commerce de détail comme jamais. Les magasins ont d’abord été fermés, avant de voir leurs accès restreints par les gestes barrières. Durant cette période, les achats en ligne ont augmenté leur part de marché de manière significative et cette évolution semble être durable. La municipalité de Lausanne, après avoir aidé les restaurateurs et cafetiers en leur permettant d’étendre gratuitement leurs terrasses sur la chaussée, a donc décidé de voler au secours des commerçants.

«Dès le début de la pandémie, Lausanne a pris des mesures rapides pour aider ses commerces, telles que des réductions de taxes, des suppressions de loyers et facilitations diverses, rappelle son syndic socialiste Grégoire Junod. Nous lançons désormais un véritable plan de relance, avec un crédit spécial de crise, sous réserve de validation par le Conseil communal.»

La ville engage ainsi 7,8 millions de francs sous forme de bons d’achat et de carnets de réduction destinés à être dépensés dans le commerce local et sur ses marchés. «Ces lieux sont indispensables à la vitalité de la ville. Nous voulons, par cette action, déclencher un cercle vertueux en soutenant le pouvoir d’achat des Lausannois et les inciter à la consommation.»

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Emploi, liens sociaux et rayonnement de la ville

Aux côtés de Grégoire Junod, dans l’épicerie fine Ernest, lauréate du prix des commerces lausannois 2019, Pierre-Antoine Hildbrand, municipal PLR chargé de l’économie, acquiesce. «La municipalité dans son entier partage le souci de l’évolution du commerce lausannois dont la crise récente a révélé les faiblesses et la fragilité», renchérit-il. «Aujourd’hui, les commerces lausannois représentent 5% de l’emploi. Cette démarche presque un peu keynésienne de plan de relance vise à rapatrier un grand nombre de Lausannois dans le centre-ville, et leur rappeler que les commerces locaux servent aussi à créer des liens sociaux.»

Ainsi, tous les Lausannois majeurs, soit environ 118 000 personnes, recevront un carnet de bons de réduction de 20% à valoir sur une valeur d’achat totale de 200 francs. Soit, deux bons de rabais de 2 francs à faire valoir sur un achat minimum de 10 francs; deux bons de rabais de 8 francs, à faire valoir sur un achat minimum de 40 francs; et un bon de rabais de 20 francs à faire valoir sur un achat minimum de 100 francs. Ce rabais total de 40 francs sera assumé aux trois quarts par la ville, et à un quart par les commerçants.

De plus, les 34 000 ménages lausannois au bénéfice de subsides partiels ou complets à l’assurance maladie se verront offrir un bon d’achat de 100 francs, auquel s’ajouteront 50 francs par enfant mineur.

Un peu comme une monnaie locale

Entre les carnets de réduction et les bons d’achat, un volume de chiffre d’affaires de l’ordre de 20 millions devrait pouvoir être généré dans le commerce local et sur les marchés, estime la municipalité. Développée et réalisée en partenariat avec la Société coopérative des commerçants lausannois (SCCL) qui compte déjà 160 commerces, l’action commencera, sous réserve de l’accord du Conseil communal, début novembre et se poursuivra jusqu’à fin 2021.

Les membres de la SCCL semblent séduits. «C’est un geste primordial pour garder et renouer avec notre clientèle», applaudit Virginie Huray, patronne de l’épicerie Ernest. Christian Balmer de la bijouterie contemporaine ViceVersa remercie le travail de la Société coopérative des commerçants lausannois, «un partenaire important lorsqu’il s’agit de se battre contre les géants des hard-discounter». Pascal Vandenberghe, le directeur des libraires Payot, salue également ce premier pas vers la création d’une consommation vertueuse et non d’une hyper-consommation malsaine.

Ce coup de pouce aux commerçants et au pouvoir d’achat des citoyens lausannois intervient à six mois des élections communales, qui auront lieu le 7 mars 2021. Tous les membres de la municipalité se représentent, sauf le Vert Jean-Yves Pidoux et le socialiste Oscar Tosato.