Un couple de loups musarde et ripaille en Valais. L’ADN prélevé sur les moutons tués à Varneralp début juillet a permis d’identifier les prédateurs.

Ils sont de souche italienne. Le mâle est un individu qu’on a déjà observé dans les Alpes bernoises, fribourgeoises et à Derborence. Quant à la femelle, elle a déjà sévi dans le val des Dix l’été dernier.

Mardi, alors que la nouvelle se répandait comme la brise, des alpages aux terrasses d’altitude, qui d’autre que les touristes en quête de nature sauvage y voyait un scoop?

Si les analyses génétiques réalisées par le laboratoire de biologie de la conservation de l’Université de Lausanne attestent de la présence d’un mâle et d’une femelle, elles ne font que confirmer ce que les observateurs de la faune savaient depuis longtemps.

Le retour du loup dans les Alpes suisses est avéré depuis 1995. En quinze ans, «de multiples observations ont attesté de la présence de plusieurs loups, mâles ou femelles, dans quelques régions du canton», rappelle Raphaël Arlettaz, professeur d’écologie et de biologie des ­espèces protégées à l’Université de Berne.

Le chef du Service valaisan de la chasse, Peter Scheibler, ne se montre pas plus surpris. «Mes gardes-chasse avaient observé deux traces, l’une plus petite que l’autre. Un mâle et une femelle: c’est une éventualité dont on a discuté à la commission intercantonale (qui donne un préavis d’abattage au canton, ndlr).» Autant dire que l’annonce de la romance n’aura a priori aucun effet sur le tir planifié du grand canidé entré en force vendredi dernier: «Le délai de protection des louves se termine au 31 juillet. C’est la période fixée pour un accompagnement des louveteaux par la mère depuis la naissance. Mais nous n’avons observé aucune trace de louveteaux.»

«Politique frileuse»

Pendant que le Valais fait sa chasse au loup, le professeur Arlettaz, Valaisan d’origine, s’en prend aux anciens préposés à la gestion de la faune. «Ce qui arrive est dans ­l’ordre logique des choses. Les poli­ticiens valaisans n’ont pas voulu ­étudier le phénomène de près, procéder à un suivi scientifique de l’espèce. Nous, les biologistes les y avons souvent invités, en 2005 notamment lors de la remise d’un rapport circonstancié pour lequel le Conseil d’Etat nous avait pourtant mandatés.» Selon lui, le politique «fait la part trop belle au loup mythique au détriment du loup réel, que seules les études scientifiques permettent de comprendre, donc de gérer efficacement». Les loups peuvent se déplacer sans problème du val d’Hérens à la rive droite du Rhône via Anniviers par le couloir du Bois de Finges. «Aujourd’hui, on le tire au coup par coup quand il cause des dégâts. C’est le résultat d’une politique frileuse et passive, qui s’est avérée incapable d’anticiper le phénomène.»