Innovation

Un demi-milliard de francs pour la croissance des start-up suisses

Johann Schneider-Ammann a choisi la «NZZ am Sonntag» pour communiquer les détails de la Swiss Entrepreneurs Foundation, qui doit freiner l’exode des start-up. En constituant un fonds privé doté de 500 millions de francs, le ministre de l’Economie entend favoriser l’industrialisation des idées suisses. Il a déjà réuni plus de la moitié de la somme

Dans les colonnes de la NZZ am Sonntag, Johann Schneider-Ammann triomphe: «Je veux que les bonnes idées développées en Suisse ne soient plus exportées en Californie.» Dans un entretien exclusif en forme d’opération de communication négociée avec le journal dominical, le ministre de l’Economie révèle les détails du projet qui doit permettre de «conserver et créer des emplois» dans le pays. Il lance la Swiss Entrepreneurs Foundation, un fonds privé destiné à soutenir les start-up helvétiques. Il espère réunir un capital-risque d’un demi-milliard de francs d’ici à la fin de l’année.

Nous sommes des leaders mondiaux de l’innovation mais nous sommes plus faibles pour transformer nos idées en produits commerciaux

Johann Schneider-Ammann

Le conseiller fédéral insiste: «Nous sommes des leaders mondiaux de l’innovation mais nous sommes plus faibles pour transformer nos idées en produits commerciaux.» Inédite en Suisse, la structure bénéficie déjà de l’engagement d’une quinzaine de grands donateurs, parmi lesquels les assureurs La Mobilière et Helvetia ou les banquiers UBS et Credit Suisse. Des chefs d’entreprise réputés sont aussi impliqués, comme Pierin Vincenz et Nicole Loeb. Le projet se définit comme «une banque pour les entrepreneurs», qui vise à promouvoir le financement de la croissance en Suisse.

300 millions déjà promis

Au total, ce sont près de 300 millions de francs qui ont déjà été promis à la fondation par divers contributeurs. Durant plusieurs semaines, le ministre de l’Economie a travaillé à tisser son réseau dans les coulisses. L’aventure a commencé début mai, quand le Conseil fédéral a réuni une vingtaine de chefs d’entreprise à Berne. Lui aussi partie prenante de la Swiss Entrepreneurs Foundation avec l’agence qui porte son nom, Lorenz Furrer relève le rôle de facilitateur et de catalyseur assumé par le conseiller fédéral: «Nous ne serions jamais là où nous en sommes aujourd’hui sans Johann Schneider-Ammann.»

Outre l’imposante collecte de fonds menée par le ministre de l’Economie, le projet vise aussi à installer une culture de start-up dans le pays, et à améliorer les conditions-cadres des jeunes entrepreneurs. L’inspiration provient manifestement des cercles proches de Digitalswitzerland, l’initiative multisectorielle qui vise à renforcer l’attrait de la Suisse pour les start-up et l’économie numérique.

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Freiner l’exode des start-up

Selon la NZZ am Sonntag, le conseiller aux Etats PLR Ruedi Noser et l’avocat d’affaires Christian Wenger passent pour les têtes pensantes de la fondation, qui doit soutenir la mutation des jeunes entreprises. Pour Christian Wenger, les start-up suisses trouvent régulièrement 1,5 à 3 millions de francs pour réaliser un prototype, mais «dans la deuxième phase, il leur devient très difficile de réunir les 3 à 15 millions de francs nécessaires pour mettre un produit sur le marché».

Aujourd’hui, 87% des investissements dans les start-up suisses proviennent de l’étranger, en particulier d’Allemagne et des Etats-Unis. Ce phénomène pousse près de 70% des entreprises à émigrer au moment de passer à l’industrialisation de leur projet. Pour inverser la tendance, la Swiss Entrepreneurs Foundation devrait investir dans l’innovation helvétique dès les premiers mois de 2018. La structure ne fonctionnera toutefois pas à fonds perdu: les entrepreneurs qui réussiront et produiront des bénéfices devront partiellement rembourser l’aide dont ils auront bénéficié.

Chez nous, quand quelqu’un échoue à faire prospérer une idée commerciale, il est montré du doigt et étiqueté comme un raté

Avec ces 500 millions de francs, Johann Schneider-Ammann entend fournir aux entrepreneurs les capitaux nécessaires pour surmonter la phase de croissance critique de leur start-up. Se défendant de tout protectionnisme mais revendiquant un patriotisme assumé, il espère surtout faire évoluer les esprits suisses: «Chez nous, quand quelqu’un échoue à faire prospérer une idée commerciale, il est montré du doigt et étiqueté comme un raté. Nous voulons changer cette mentalité qui étouffe l’esprit d’entreprise.»

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