Sur les contreforts du Grand Chamossaire, les Ecovets est un petit paradis ouvert sur l’enfilade bleutée des crêtes du Chablais valaisan avec, au bout, une de ces trouées bénies vers le Léman. Les pâturages sont ponctués de bâtiments agricoles et d’un restaurant traditionnel chic. Au milieu: 22 hectares de terrain à bâtir que le Conseil communal d’Ollon (VD) a transformés en zone agricole le 25 avril dernier.

«D’environ 200 francs le mètre carré, et c’est une valorisation basse, on est passé aujourd’hui à 2 francs, soit une perte de valeur de 40 millions. On ne peut pas spolier 20 propriétaires comme cela!» fulmine le plus connu d’entre eux, Jérôme de Meyer, à la tête du collège international Beau Soleil, sis à Villars. Même incompréhension pour Pierre Moreillon, agriculteur, Denis Pittier, garagiste, Jean-Michel Heiz, boulanger, tous actifs sur la commune: «J’ai toujours dit que je voulais finir mes jours aux Ecovets: je ne peux plus. On est quand même des Villardoux!» tonne Jean-Michel Heiz.

Leur principal grief: l’absence de dédommagements. «Si au moins on nous avait proposé quelque chose: des constructions moins denses, d’autres terrains, une participation aux frais d’équipement des parcelles. Mais rien! Si c’est cela, la Suisse…» poursuit, perplexe, Jérôme de Meyer, qui se dit prêt à négocier. Et puis, beaucoup se plaignent de ne pas avoir été avertis, de l’absence de séance d’information. «Nous n’avons pas été traités correctement. On a l’impression que tout a été fait dans la panique», poursuit-il.

Que s’est-il passé? En 1996, le Conseil d’Etat approuve la mise en zone réservée de ces terrains pour raisons géologiques, ce qui interdit toute nouvelle construction. «Il y a un danger d’effondrement de dolines, on est en zone bleue, un niveau de danger naturel pas aussi fort que la zone rouge», insiste Jean-Luc Chollet, syndic d’Ollon, qui s’appuie sur la nouvelle carte cantonale des dangers naturels.

Zone bleue

Mais cette affectation en zone réservée échoit en 2004 sans que la commune ne bouge. Certains propriétaires déposent des demandes de permis de construire en prévision de la Lex Weber. Stupeur: la commune leur indique ne pas avoir abandonné l’idée de zone réservée et refuse de les délivrer.

Jean-Luc Chollet admet que tout Villars est en zone bleue. «Mais il faudrait 25 millions pour équiper ces terrains, c’est trop cher. Surtout, nous avons depuis longtemps l’idée de consacrer cette zone, dont la valeur paysagère et naturelle est élevée, au tourisme doux. Nous avons même tenté d’en faire une zone spéciale, avec l’espoir d’y aménager tourisme et petit hameau de constructions nouvelles. Mais ce n’est pas passé auprès du canton. Nous sommes obligés de tout mettre en zone agricole. Je comprends tout à fait la réaction des propriétaires», poursuit-il, très confiant dans le soutien du canton, qui a validé la légalité du projet.

Autre argument de poids de la commune: selon le plan directeur cantonal de 2008, les secteurs hors des centres comme les Ecovets ne doivent pas permettre d’ici à 2023 une croissance excédant les 15% de la population déjà domiciliée dans la zone en 2008. Or, la zone à bâtir aurait permis des constructions au-delà de cette limite.

«Mais nous avons démarré cette réflexion bien avant la LAT, précise Jean-Luc Chollet. Même si nous n’avons pas fait très vite», admet-il. D’ici à 2018, selon la LAT, les communes, comme Ollon, ayant trop de terrains à bâtir vierges devront en déclasser contre indemnités, en principe à leur charge. «Nous sommes parmi les premiers dans le canton de Vaud à faire un dézonage pareil», note le syndic d’Ollon.

En attendant la réponse du canton, les propriétaires s’organisent. Jérôme de Meyer a créé une association et promet d’aller jusqu’au Tribunal fédéral, voire de faire une demande d’indemnités pour expropriation s’il le faut. «Nous ne voulons pas spéculer, mais simplement bénéficier de ce patrimoine qui recèle une valeur affective», précise-t-il. Car, comme la plupart des propriétaires, il a hérité de ces terrains achetés il y a plusieurs dizaines d’années.

Mais, là aussi, le vent tourne. L’Office fédéral du développement territorial, sur son site, indique ne pas être favorable à la thésaurisation foncière, qu’il soupçonne d’être souvent liée à des fins spéculatives.