L’image est terrifiante. Sandro (prénom fictif), alias Abu Malik, 18 ans, qui a quitté Winterthour (ZH) en février dernier pour rejoindre l’Etat islamique en Syrie, pose avec une tête coupée, a révélé jeudi 20 Minuten . C’est la première fois que l’implication d’un djihadiste suisse dans une scène de décapitation apparaît de façon aussi évidente. A l’heure actuelle, rien ne permet toutefois de dire qu’il a lui-même participé à l’acte barbare.

Sur la photo postée sur Internet, Sandro pose avec la tête d’une victime, qu’il tient par les cheveux. A côté de lui, le torse de l’homme décapité, attaché à une croix. Plus loin, un autre corps. Les deux hommes auraient été décapités après avoir été reconnus coupables du suicide de la femme d’un combattant de l’EI, relève encore le quotidien gratuit.

Contacté par Le Temps, le Ministère public de la Confédération (MPC) confirme que l’homme est sous le coup d’une procédure pénale. «Il lui est reproché de contrevenir à l’article 2 de la loi fédérale sur l’interdiction des groupes Al-Qaida et Etat islamique, et de leurs organisations affiliées. Il est également accusé de contrevenir à l’article 260ter du Code pénal, qui réprime le soutien et/ou participation à une organisation criminelle», précise le porte-parole, André Marty.

Sandro vivait à Winterthour, d’où sont également partis quatre autres jeunes, dont un frère et une sœur de 15 et 16 ans. D’origine italienne, il faisait notamment partie d’une équipe de football locale, le FC Wülflingen. Il aurait eu pour «mentor» un autre jeune de Winterthour, de 21 ans, qui a trouvé la mort en Syrie, et qui se faisait appeler Ibn Muhamad al-Kurdi. Selon les témoignages de certains de ses proches recueillis par la Télévision alémanique, Sandro aurait changé de comportement et basculé dans l’islam radical en quelques mois. Il a interrompu son apprentissage, s’est retrouvé au chômage et en inactivité totale en raison d’une blessure qu’il a eue à cause du football. Il s’est converti durant cette période et a fréquenté deux mosquées de la région, dont celle d’Embrach. Ses relations avec sa famille étaient devenues difficiles.

Selon l’émission Rundschau, qui avait pu le contacter par chat, Sandro prétend avoir suivi, en Syrie, une formation pour utiliser les kalachnikovs, mais ne pas avoir encore combattu. Mais, toujours selon la Rundschau, il a envoyé à ses amis des photos de combattants morts.

Une vingtaine de résidents suisses sont actuellement en Syrie ainsi qu’en Irak, aux côtés d’entités terroristes comme l’Etat islamique et Jabhat al-Nosra. Jusqu’à ce jour, malgré certaines photos provocantes – le jeune qui est parti d’Orbe a posté sur son fil Twitter une photo d’un passeport suisse à côté d’une ceinture à explosifs –, aucun n’a posé avec des têtes coupées.

Tout récemment, des vidéos morbides mettant en scène Majd, parti de Bienne pour combattre dans un premier temps aux côtés de Shebab en Somalie, le montraient en Syrie, avec le Front Al-Nosra. L’ex-résident de Bienne, qui serait mort, figurait avec ses acolytes au milieu de cadavres de soldats syriens.

Avant la photo le montrant en train de brandir une tête coupée, Sandro avait déjà posté plusieurs photos de lui sur les réseaux sociaux, qui ne laissaient planer aucun doute sur sa présence en Syrie. L’une d’elles le montrait en tenue de combat, avec deux kalachnikovs. Sur une autre, on le voit avec un grand sourire et un pot de Nutella entre les mains.

Il a envoyé des photos de combattants morts à ses amis et posé avec un pot de Nutella