La colline de la médiévale cité, à Lausanne, va changer de profil. Si tout va comme prévu par l’Etat, le nouveau parlement vaudois devrait être inauguré en 2012 et consacrer ainsi, sept ans après l’incendie qui a presque entièrement détruit le bâtiment Perregaux, Rosebud – bouton de rose, en français –, le projet lauréat dévoilé hier.

Le dôme de type pyramidal asymétrique qui recouvre la future salle du Grand Conseil est l’élément marquant et visible des plans imaginés par l’association de deux bureaux: les Lausannois de l’Atelier Cube et les Catalans Bonell & Gil. Un toit qui devient l’élément symbole du pouvoir législatif et qui ancre sa silhouette entre celles de la cathédrale et du château Saint-Maire, les symboles du pouvoir spirituel et du pouvoir de l’exécutif.

«Un tel bâtiment ne peut pas être autre chose qu’un parlement, c’est un monument au sens fort du terme que l’on va construire pour les deux prochains siècles au moins», a dit François Marthaler, conseiller d’Etat écologiste chargé des Infrastructures cantonales. Quant au jury du concours, il était coprésidé par la star de l’architecture Lord Norman Foster, qui réside depuis peu dans le canton de Vaud.

La forme pyramidale du toit n’est pas seulement esthétique. Elle permet, au-dessus de trois étages où l’on trouve la salle du parlement, des salles de commissions et un restaurant public ainsi qu’une buvette, de reproduire le principe aéraulique de la termitière. Ce principe, repris notamment en 1845 sur la salle du parlement de la Chambre des communes à Londres, se base sur la circulation thermique de l’air pour réchauffer et refroidir un édifice et évite l’installation d’une climatisation, conférant ainsi au futur parlement une touche écologique.

Nouvelle entrée

Mais s’il est l’élément reconnaissable et visible du projet, le dôme-symbole ne représente qu’une partie de Rosebud. L’autre grande nouveauté est plus discrète. Alors que depuis la construction du bâtiment Perregaux l’entrée principale s’est toujours située sur l’esplanade du château, le nouveau parlement aura la sienne depuis la rue Cité-Devant grâce à une percée dans un immeuble.

Public bienvenu

De fait, la salle du Grand Conseil, celle des pas perdus située derrière le fronton néogothique de Perregaux, et deux autres immeubles du quartier sont réunis sous un nouveau toit percé de puits de lumière. Un espace central en forme de croix qui doit assurer les circulations verticales, explique Marc Collomb, de l’Atelier Cube. Et pas seulement la circulation des députés. Si l’ancien bâtiment construit par Alexandre Perregaux n’invitait guère le public à le visiter, le futur parlement vaudois se veut plus ouvert aux citoyens.

Pour preuve, il sera doté de plusieurs entrées: la principale sur la rue Cité-Devant, celle dite «d’apparat», par l’ancien fronton Perregaux, et celle dite «ludique» par la placette Bonnard, là où se trouvera l’esplanade du restaurant. La percée sur le côté de la rue Cité-Devant ravit Laurent Chenu, conservateur cantonal des monuments et sites, car il devrait permettre la mise au jour d’un mur médiéval.

Reste à savoir comment ce projet va être reçu par l’opinion publique. Et par les premiers concernés, les députés. Hier, alors que le débat sur la police unique faisait rage au Grand Conseil (lire ci-dessous), les premiers échos semblaient positifs. «Je ne vais pas lancer de référendum», s’amuse l’élu d’Ecologie libérale Jacques-André Haury, fer de lance des opposants, qui ont récemment torpillé le projet de musée des beaux-arts. Il faut dire que toute la procédure du concours a été suivie par des représentants du parlement vaudois qui n’ont pas manqué de rappeler leurs exigences. Ainsi, fatigués de siéger à Rumine alignés les uns derrière les autres, ils ont notamment exigé – et obtenu – une salle en forme d’hémicycle.

Le crédit d’étude de 2,3 millions ayant déjà été voté par le parlement, les élus doivent encore approuver, probablement avant l’été 2010, le futur crédit d’ouvrage qui devrait avoisiner les 18 millions.