Les armées suisse et française procéderont à un échange de troupes blindées, en mai et juin. Cette coopération – une première à plusieurs titres – prendra le nom de «WIVA»: WI comme Wicheln, une place d'armes du canton de Glaris; VA comme Valdahon, dans le département français du Doubs, où est basé le 5e régiment de dragons.

Pour la Suisse, une compagnie du bataillon de chars 18 appartenant à la brigade blindée 1 s'entraînera à diverses manœuvres sur la place d'armes de Mourmelon, dans la Marne. Elle y séjournera du 8 au 26 mai, explique le commandant de la brigade blindée 1, Jean-Jacques Duc. Elle comprendra 10 chars Leopard et une centaine d'hommes. Matériels et effectifs seront acheminés par train sur le lieu des manœuvres. La compagnie suisse remplira cette mission dans le cadre d'un cours de répétition.

La France enverra un escadron réduit de chars de la 7e brigade blindée, soit six à huit AMX 30 B2. L'effectif devrait atteindre une centaine d'hommes également. Le transport s'effectuera par train jusqu'en Suisse. L'escadron, issu du 5e régiment de dragons de Valdahon, sera encadré par des éléments du bataillon romand de chars 18. Il s'entraînera au tir en région de montagne sur les places d'armes de Wicheln et de Hinterrhein (GR), où il stationnera du 23 mai au 8 juin.

«Leopard à l'étroit»

Jamais des chars suisses ne se sont rendus à l'étranger et jamais non plus des chars étrangers n'ont pénétré en Suisse dans le cadre d'une instruction. L'échange franco-suisse a été conçu par les ministères des deux pays à la suite du dernier exercice de sauvetage «Léman», qui s'est tenu dans la campagne genevoise en juillet 1999. Le brigadier Jean-Jacques Duc justifie ainsi la coopération «WIVA»: «Nous, Suisses, sommes à l'étroit dans notre pays pour y effectuer des manœuvres. La France dispose de grandes places d'armes, d'où notre intérêt. Les Français, en venant en Suisse, pourront quant à eux s'entraîner au tir de chars en région de montagne, chose qu'ils ne peuvent pas faire chez eux.»

L'ASIN (Association pour une Suisse indépendante et neutre) suspecte quelque raison inavouée. «S'il s'agit de coopération, pourquoi pas, bien que la France soit une nation militaire tout sauf neutre», commente le directeur adjoint de l'ASIN, Werner Gartenmann. «Mais je crains plutôt que cet échange franco-suisse relève de l'activisme du chef du Département de la défense, ajoute-t-il. Adolf Ogi veut habituer les Suisses à ce genre d'exercices pour mieux faire passer la révision de la loi militaire en faveur d'un armement des soldats suisses à l'étranger, que nous combattrons par un référendum. L'échange franco-suisse me semble inscrit davantage dans une logique d'interopérabilité des forces européennes, contre laquelle nous sommes, que dans une logique purement d'instruction. Notre neutralité est ici en jeu.»

Suisses et Français songent d'ores et déjà à répéter un tel échange l'an prochain.