Le résultat définitif sera sans doute proche de cette estimation. Il posera un problème au Parti socialiste, qui espérait dépasser la barre des 45% pour convaincre les directeurs cantonaux de finances de prendre des mesures pour cadrer davantage la concurrence fiscale et obtenir des cantons qui attirent des riches une attitude plus solidaire avec les autres, qui assument des charges plus importantes.

Avec ce résultat, le moyen de pression sera plus faible qu’espéré pour la gauche. Cela en dépit d’une campagne plus agitée que ce qu’on avait imaginé au départ. C’est le premier sondage, publié à la mi-octobre, qui a mis le feu aux poudres. Il indiquait un potentiel de soutien de 58% de la population. La campagne s’est par la suite emballée, partisans et opposants multipliant prises de position et comités de soutien. Les milieux économiques, farouchement opposés à cette initiative, ont investi des moyens importants pour la combattre.

Le second sondage a montré que le soutien s’effilochait au fil des semaines. Une issue positive devenait de moins en moins certaine, à tel point que les socialistes eux-mêmes n’y croyaient plus guère ces quinze derniers jours. Le résultat définitif vient confirmer cette tendance. Visiblement, le PS n’a pas réussi à convaincre les électeurs que l’initiative ne toucherait que les contribuables les plus aisés. Dans son premier argumentaire, qu’il a ensuite corrigé, il laissait entendre que des hausses d’impôts pourraient survenir, dans certains cantons, dès 150 000 francs de revenu. Or, l’électeur n’aime pas le doute au moment de glisser son bulletin dans l’urne.

Ainsi, comme on pouvait largement le prévoir, l’initiative est très nettement rejetée en Suisse centrale et orientale. Directement visés par l’initiative, les cantons de Schwyz, Obwald, Nidwald, Uri disent non à plus de 70% Comme prévu également, les cantons romands manifestent davantage de sympathie pour cette proposition d’augmentation des impôts pour les contribuables les plus riches. Genève, le Jura et Neuchâtel l’approuvent. Mais le soutien, qui ne recouvre même pas l’ensemble de la Suisse romande, aura été trop faible pour que les règles du jeu soient revues, que ce soit par des mesures portant sur la concurrence fiscale ou sur la péréquation financière intercantonale.