Un geste désespéré a jeté la consternation mercredi matin au Collège Pestalozzi, à Yverdon-les-Bains. Un élève de 12 ans s'est jeté par la fenêtre de sa classe, peu avant 8 heures, en présence de ses camarades, et devant de plus jeunes enfants qui traversaient le préau pour entrer dans le bâtiment. Ayant fait une chute de 7 mètres, il souffre de multiples fractures. Il a été transporté par hélicoptère au CHUV de Lausanne. Ses jours ne sont pas en danger.

Le déclencheur apparent de ce drame est une mauvaise note que l'élève n'aurait pas osé avouer à ses parents. Au début de la leçon, l'enseignant constate qu'une page du carnet scolaire de l'enfant a été arrachée et demande des explications. L'élève ayant répondu que c'est sa mère qui l'avait enlevée, le maître déclare qu'il va tout de suite le vérifier. Il sort de la classe afin d'appeler la maman de son téléphone portable. C'est pendant cette absence que la tentative de suicide a eu lieu. Après avoir demandé à l'un de ses camarades d'ouvrir la fenêtre, l'élève prend appui sur une table pour se jeter dans le vide.

Pour Georges Berney, directeur de l'école, ce geste est «une surprise totale», qu'il n'est pas possible d'expliquer à ce stade. Pour la hiérarchie scolaire, cet élève, suisse, était jusqu'à ce jour un élève «comme un autre». Il était arrivé dans ce collège à la dernière rentrée, après son orientation en division générale. Il n'était pas connu comme un enfant à problèmes ni suivi psychologiquement. L'enseignant, qui était en même temps le maître de classe, est un ancien de prim sup, un représentant de la vieille école avec trente ans d'expérience, consterné de ce qui s'est produit. Certains témoignages font état de tensions entre le maître et l'élève. En revanche, l'éventuel contexte familial conflictuel que le geste de l'enfant laisse supposer ne semble pas avoir été perçu dans le cadre de l'école.

Le juge d'instruction du Nord vaudois a ouvert une enquête pénale. «Ce cas est assez traumatisant et retentissant pour que nous voulions faire toute la lumière», a indiqué à l'ATS le juge Christian Buffat. La préoccupation première du directeur du Collège Pestalozzi durant toute la journée a été d'assurer un soutien aux 23 autres élèves de la classe et à l'enseignant, après le choc. Tous ont participé, durant tout le reste de la matinée, à une séance de débriefing avec un psychologue scolaire. Quelque peu rassurés sur l'état de santé de l'enfant, qui est resté conscient après sa chute, élèves et enseignants du Collège Pestalozzi n'ont pas de réponse à leur question: quel profond désarroi a-t-il pu pousser l'un des leurs à se retourner contre lui-même au péril de sa vie?