Affaire Legrix

Un élu grillé politiquement n’a qu’une option, partir

Regard

C’est une affaire délicate à décoder, car l’observateur et le citoyen manquent d’informations précises. Le conseiller communal UDC de La Chaux-de-Fonds Jean-Charles Legrix est-il à ce point méprisable qu’il doive être banni de l’exécutif de la troisième ville de Suisse romande?

La «preuve» sur laquelle se sont basés les quatre autres membres du Conseil communal (exécutif) est un audit de près de cent pages, rédigé par une mandataire lausannoise, Cécile Pache, spécialiste dans l’analyse des conflits en entreprise et du harcèlement. Premier élément qui donne une clé de lecture: l’auditrice n’a aucune implication dans la vie politique de La Chaux-de-Fonds et elle a enquêté sur la base d’un mandat précis, rédigé par l’exécutif chaux-de-fonnier et agréé par tous, Jean-Charles Legrix y compris. Elle a ensuite appliqué une méthode éprouvée d’entretiens, confidentiels et anonymisés, selon les termes du mandat. Elle a livré l’état de ce qu’elle a entendu, en professionnelle, sans demander la tête de Jean-Charles Legrix. L’exécutif a décidé, sur cette base, de «protéger» les employés communaux du harcèlement du chef du Département des infrastructures, en retirant son dicastère à Jean-Charles Legrix. Après l’avoir longuement entendu. Ces faits méritent d’être précisés. Ils court-circuitent l’hypothèse du complot.

Dans une telle situation, un magistrat qui veut conserver sa place, même s’il peut avoir le sentiment d’avoir été exagérément chargé, n’a d’autre choix que de faire amende honorable et d’adapter son fonctionnement. Ou de démissionner, pour ensuite défendre un honneur qu’il croit bafoué devant la justice.

Parce que l’audit est confidentiel, il est forcément sujet à caution. Les bribes de contenu dévoilées permettent des interprétations opposées. Jean-Charles Legrix qui «épie» des fonctionnaires: est-ce un élu qui assume pleinement sa tâche en s’impliquant dans l’opérationnel ou est-ce du harcèlement? On ne peut en tout cas pas lui reprocher d’avoir mis son bâton dans la fourmilière chaux-de-fonnière. L’audit de Cécile Pache met en évidence plusieurs dysfonctionnements opérationnels à la voirie.

Le problème, c’est la méthode. L’élu Jean-Charles Legrix, comptable provenant du privé, a trébuché dans sa façon de gérer une administration publique. Ce ne sont pas sa couleur politique ni ses croyances religieuses qui posent problème.

Si les faits reprochés dans l’audit restent confidentiels, le grand déballage médiatique, depuis quinze jours, en dit beaucoup sur le magistrat. Il réfute tout reproche, s’en prend à ses collègues de l’exécutif, à l’auditrice, au chef de la voirie. Avec une «stratégie» de communication discutable: d’abord il nie; ensuite il reconnaît qu’il est trop impatient et qu’il veut s’améliorer en se faisant coacher; puis il susurre même quelques excuses, une fois les ponts définitivement coupés.

Comme Frédéric Hainard en 2010, Jean-Charles Legrix n’a plus de crédibilité politique. Même si sa section UDC évite de le lâcher, tant qu’il n’a pas démissionné, il est un politicien isolé. Il aura lu avec délectation la Welt­woche qui le présente comme la victime d’un «coup d’Etat» de la majorité de gauche, de l’administration et même des médias romands. Il n’en est rien. Si ses intentions de réformer une administration clanique sont bonnes, il a utilisé les mauvais moyens. Et une fois dénoncé, il s’est retranché dans ses certitudes, inadaptées à la gestion d’un service public. Jean-Charles Legrix aurait connu les mêmes problèmes dans n’importe quelle autre collectivité publique.

L’éventualité d’une réintégration de Jean-Charles Legrix dans sa fonction de chef d’un dicastère à La Chaux-de-Fonds est devenue impossible. L’issue politique est inéluctable: le magistrat doit s’en aller. Il a le droit de prendre un peu de temps pour préparer sa sortie; l’échéance de fin septembre pour l’annoncer, avancée par certains UDC, est acceptable.

Il s’agit de faire une claire séparation entre le dénouement politique et les procédures judiciaires, susceptibles d’enliser l’affaire. Il ne serait pas acceptable que le magistrat conserve son rang, sans portefeuille mais avec son salaire, jusqu’à ce que justice soit rendue. Il bafouerait son propre honneur et poserait de gros problèmes à son parti, l’UDC.

Ce lundi, Jean-Charles Legrix a rendez-vous avec sa section, puis, mardi, siégera au Grand Conseil. Saura-t-il entendre autour de lui les voix, surtout proches, qui lui demandent de prendre la seule décision qui s’impose à un élu politiquement grillé? Il n’est certainement pas le «diable» dépeint avec excès ces derniers jours. Mais il n’avait pas revêtu le costume idoine pour exercer un mandat exécutif à la tête d’une administration publique.

Si ses intentions de réformer une administration clanique sont bonnes, il a utilisé les mauvais moyens

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