Il a réfléchi tout l’été et a matérialisé sa décision par une lettre de démission expédiée lundi en recommandé, à six petites semaines des élections cantonales. Elu en 2011 au Conseil municipal de la Ville de Carouge sous la bannière du Mouvement Citoyens genevois (MCG), Stéphan Pollini quitte sa formation. «Je me suis senti complètement utilisé, déclare-t-il. On fait appel à vous quand on en a besoin, mais quand vous manifestez l’envie de devenir député, d’autres passent devant. Sur la liste au Grand Conseil, les dirigeants du parti ont privilégié leurs amis et ensuite des gens qui ne les dérangeaient pas afin de capter des voix.»

De récents adhérents ou transfuges figurent parmi les personnalités les mieux promues par le parti pour les élections cantonales du 6 octobre, où il envoie pas moins de 99 candidats à l’assaut des 100 sièges du Grand Conseil. Le MCG a capté du personnel dans d’autres partis, mais vit aussi des défections. Un couple d’élus municipaux a ainsi démissionné en avril à Onex, la commune d’Eric Stauffer. A Carouge, où le MCG détient trois sièges au délibératif, Stéphan Pollini est le troisième à jeter l’éponge après avoir accédé à l’assemblée comme vient-ensuite.

Le courtier en assurance de 41 ans ne cache pas son dégoût d’un MCG qu’il décrit comme désorganisé, opaque dans sa communication interne et contradictoire: «Ils pratiquent le copinage qu’ils disent combattre. Sur l’emploi, ils militent pour une préférence locale contre les frontaliers, mais ils ont réussi à en mettre un sur la liste pour le Grand Conseil.» L’amertume serait un sentiment partagé au MCG: «Un tiers des militants ont la même impression que moi», poursuit le démissionnaire. Evincée ce printemps du MCG, la députée Dominique Rolle confirme: «Les 20 premiers de la liste au Grand Conseil ont des chances d’être élus; tous les autres vont biffer très fort», prédit celle qui a depuis rallié le PLR.

Un nouveau parti?

Stéphan Pollini dit avoir été recruté alors qu’il contractait un abonnement auprès de la société de téléphonie codirigée par Eric Stauffer, président d’honneur du parti, et Carlos Medeiros, vice-président. «Je n’en avais rien à faire de la politique auparavant, mais je remercie le MCG de m’avoir mis le pied à l’étrier.» Il songe aujourd’hui à fonder une nouvelle formation avec d’autres élus carougeois, issus de plusieurs partis.

Président du MCG, Roger Golay réagit avec joie à ce départ: «Il n’avait pas la confiance du parti, en raison d’épisodes de sa vie professionnelle, explique le député. C’est très bien que ce revanchard parte avant qu’on ne l’exclue. Quant à liste pour le Grand Conseil, nous avons en effet mis en avant des compétences que nous ne possédions pas jusqu’ici, ce qui est favorable à l’intérêt public.» Stéphan Pollini, lui, exhibe le courrier reçu de Roger Golay le 1er juillet, avec la liste au Grand Conseil: «Nous savons qu’il y aura des déçus; mais cette déception n’a pas lieu d’être, même si nous sommes plus doués pour la critique que pour l’introspection», écrivait-il.