Le politicien bernois Erich Hess sera-t-il condamné pour ses déclarations? Lors d’une séance du parlement de la ville fédérale du 29 juin, le statut de la Reitschule, haut lieu alternatif de la capitale, est une fois de plus sur la table: «Jour après jour on y voit principalement des Nègres en train de dealer», dénonce alors Erich Hess, conseiller national et membre du parlement municipal. La publication du procès-verbal de cette séance, vendredi dernier, a déclenché la controverse en Suisse alémanique.

«Il est totalement inacceptable qu’un politicien élu utilise de tels propos. A fortiori en séance officielle du Conseil municipal», tonne Luzian Franzini, coprésident des Jeunes Verts suisses. Ces derniers ont annoncé qu’ils porteraient plainte, persuadés qu’il s’agit d’un cas flagrant de violation de la norme pénale contre le racisme.

La Commission fédérale contre le racisme reste pour le moment prudente sur l’issue d’une telle procédure: «La pratique juridique montre que jusqu’ici, l’usage de ce mot est pénalement punissable lorsqu’il est utilisé dans le cadre d’une expression plus générale de haine ou de forte hostilité», explique au Temps Sylvie Jacquat, chargée de communication de la commission.

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L’UDC partagée

Interrogé sur la chaîne locale bernoise telebärn, l’élu UDC Alexander Feuz défend son collègue du parlement communal: «Le terme est présent dans des chansons pour enfants ou encore dans le titre du livre d’Agatha Christie (Les Dix petits nègres), il faut relativiser».
Les UDC Romands ne sont pas forcément du même avis. Secrétaire général du parti vaudois, Kevin Grangier est catégorique: «Ce genre de terminologie est tout à fait anormal et ne s’utilise pas à l’UDC Vaud. Si certains devaient s’exprimer de la sorte au sein du parti, cela ne serait pas toléré.» Pour le conseiller national vaudois Michaël Buffat, «le terme n’est pas normal et appartient simplement à une autre époque».

Erich Hess, lui, se défend. Le conseiller national UDC explique, toujours sur telebärn que si le terme choque peut-être en ville de Berne, «il est encore utilisé de manière courante à la campagne». Et d’expliquer que le mot Neger venait simplement de l’espagnol negro, qui veut dire noir.

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Une longue série…

Ce n’est pas la première fois que des politiciens de l’UDC sont confrontés à la justice pour des questions de discrimination raciale, comme le démontre une liste dressée par Luzian Franzini. En 2015, la section tessinoise s’était séparée de son chargé de communication, Corrado Galimberti, dénoncé en justice pour avoir posté sur Facebook la phrase suivante: «Les Nègres se multiplient progressivement, ils devraient tous mourir de faim en Afrique.»

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La même année, le secrétaire général de l’UDC, Martin Baltisser, était condamné en raison d’une affiche de campagne qui proclamait: «Les Kosovars poignardent les Suisses.» Il avait écopé de 45 jours-amendes à 300 francs la journée.

Plus récemment, en 2017, Christian Klambaur, élu communal à Rüti dans le canton de Zurich, se faisait remarquer en postant une vidéo parodiant le film 300. Sur la séquence, un guerrier spartiate propulse un homme demandant l’asile au fond d’un trou en criant «sûrement pas à Bubikon, Nègre de merde.» Il a quitté l’UDC quelques jours plus tard, sous la pression.

Enfin en août de cette année, le père d’Andreas Glarner, conseiller national UDC, a été condamné à une peine pécuniaire de 1600 francs et à une amende de 500 francs assortie de deux ans de sursis pour des commentaires recueillis dans un documentaire de la SRF sur le Palais fédéral. Il avait alors décrit des ressortissants africains comme «se baladant pieds nus et laissant tout traîner, comme les chiens leur merde». Andreas Glarner a jugé qu’il était dommage que «des peanuts dans ce genre mènent à des plaintes» et considéré le jugement comme «une muselière».

Les étrangers ne sont pas les seuls visés par les dérapages récurrents au sein de l’UDC. Les femmes aussi. Dans sa même intervention controversée du 29 juin, Erich Hess déclarait par exemple à propos d’une intervention PLR sur la Reitschule: «C’est juste de la cosmétique. Un peu comme du maquillage sur une femme laide.»