Un enfermement sans limite pour le jeune sadique

Genève Le Tribunal correctionnel a prononcé un internement de sécurité

Devant la justice

Il est sans doute le plus jeune condamné du pays à se voir infliger un internement de sécurité. Et il n’a pas vraiment l’air d’avoir bien compris ce qui lui arrive. Lucien*, reconnu coupable de toute une série d’horreurs commises sur sa copine alors qu’il avait moins de 20 ans, écope d’une peine privative de liberté de 7 ans qui sera suivie d’une mesure de sûreté à durée indéterminée.

Ce n’est pas l’internement à vie mais c’est aussi la perspective d’une mise à l’écart durable motivée par «la dangerosité avérée» de ce garçon dépeint comme un psychopathe pervers et sadique par les experts. Dans son jugement, rendu mercredi, le Tribunal correctionnel de Genève souligne «le risque majeur» présenté par ce récidiviste précoce peu porté sur la prise de conscience et donc très imperméable à tout traitement de son trouble de la personnalité.

Risque mortel

Au final, la défense, représentée par Me Nicola Meier, obtient une seule consolation. La reconnaissance d’une légère violation du principe de célérité de l’instruction menée par le procureur Adrian Holloway et qui ne saurait être justifiée par les seuls problèmes de l’expertise psychiatrique.

Pour le reste, Lucien, qui ne contestait pas les faits mais disait ne pas se souvenir des atrocités, a été reconnu coupable de lésions corporelles simples, avec parfois l’aggravante du couteau à cran d’arrêt, pour la déferlante de coups et de blessures ayant défiguré la toute jeune Léa*. La cour a également retenu les injures, les menaces, le viol, les contraintes sexuelles avec cruauté en raison des objets utilisés et «des souffrances intenses» infligées.

A cette longue liste s’ajoutent enfin des tentatives de meurtre pour avoir plongé la tête de la victime dans l’eau et l’avoir étranglée jusqu’à la perte de conscience. Le tribunal estime que Lucien a accepté le risque d’une issue fatale, s’est finalement désisté s’agissant des épisodes de la baignoire, et que le hasard a bien fait les choses pour le reste.

Lucien, dont la responsabilité pénale est diminuée, a commis une faute qualifiée de très lourde. Il a agi sur une longue période, en multipliant les actes de violence et en exerçant une emprise totale dans le but «d’assouvir ses pulsions les plus viles». Constamment menacée, Léa ne pouvait pas échapper à cet enfer, ni appeler à l’aide.

Les carences affectives importantes dont il a souffert dès l’enfance n’excusent en rien ses agissements, soulignent encore les juges. Partageant le sombre pronostic émis par le professeur Bruno Gravier, le tribunal est d’avis que Lucien, impulsif, immature et sans repères, n’est à ce stade pas capable d’affronter ses problèmes et sa sexualité pathologique.

Dans ces circonstances, la récidive paraît programmée. L’internement est donc prononcé et les juges ont pris soin de préciser que le droit des mesures est flexible et qu’une adaptation demeure toujours possible en fonction de l’évolution de l’intéressé. En théorie du moins.

* Prénoms d’emprunt