Genève

Un enseignant est suspendu et menacé d’expulsion

Alors qu’il enseigne dans un cycle d’orientation du canton, son permis de travail lui est refusé. Malaise au Département de l’instruction publique, qui l’avait engagé sur la base d’un préavis positif

Enseignant suspendu et menacé d’expulsion

Genève Permis de travail refusé

Dimanche prochain, il ira voter. Pourtant, ironie cruelle, ce professeur de mathématiques dans un cycle d’orientation genevois est menacé d’expulsion après avoir été suspendu.

Pour quel délit? Aucun. Cet homme de 32 ans, ressortissant extra-européen, s’est juste vu refuser son permis de travail, alors même qu’il enseignait depuis l’automne dernier et était titulaire d’une classe. Une aberration, selon le Syndicat des services publics (SSP) qui vient de lancer une pétition pour forcer l’Etat à revoir sa copie.

Question des contingents?

Arrivé en Suisse en 2001, le jeune homme fait ses études à Genève, maîtrise universitaire et formation pédagogique. Au bénéfice d’un permis B d’étudiant, il demande alors un permis de travail. Mais sans avoir la réponse définitive, le Département de l’instruction publique (DIP) prend le risque de l’engager, car le Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé (DEAS) a donné un préavis favorable. Erreur? Cafouillage en tout cas. Car le 27 mars dernier, l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (Ocirt) refuse ce permis de travail, en application de la Loi fédérale sur les étrangers (LEtr). Au motif notamment qu’il n’y aurait pas d’intérêt économique prépondérant à laisser cet homme travailler en Suisse. Il est suspendu, un remplaçant prend sa place, et les deux salaires, pour l’heure, courent.

«Nous sommes effarés, car Genève connaît une pénurie de profs de maths, explique Karim Khatib, collègue de l’enseignant suspendu. C’est 80 élèves qu’on fragilise, à quelques semaines des évaluations cantonales.» Président du groupe enseignement au SSP, Albert Anor fustige les mesures «brutales et incohérentes du département, qui aurait au moins pu faire recours contre cette décision». Et qui ne s’explique pas sur les raisons qui l’ont conduit à engager une personne sans permis de travail valable. Un message peut-être entendu par le DIP, qui hier soir annonçait, par la voix de sa porte-parole Teresa Skibinska: «La conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta souhaite que cet enseignant soit réintégré. Au vu des derniers éléments du dossier, le DIP va demander la reconsidération de cette décision.»

Reste à savoir si cette décision se voulait une application anticipée et zélée de l’initiative sur l’immigration de masse: «Non, l’Ocirt applique le dispositif légal actuel sans anticiper sur la mise en œuvre de cette votation», répond Caroline Widmer, au Département de la sécurité et de l’économie .

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