La roue de la fortune a tourné. L'auteur de la plus grosse arnaque jamais réalisée dans l'histoire du Loto français a été arrêté le 14 octobre par la police vaudoise. Inculpé d'escroquerie par métier et d'abus de confiance, ce Vaudois de 38 ans est actuellement incarcéré à la prison du Bois-Mermet, à Lausanne.

Le juge d'instruction vaudois Jean Treccani enquête sur des faits commis entre 1999 et 2004. Durant cette période, l'escroc présumé a misé sur une valeur sûre: la naïveté des joueurs aveuglés par l'appât du gain. Grâce à eux, il a pu empocher un pactole près de 10 millions de francs. Sous divers pseudonymes – professeur Simon, Leblanc ou Balaban –, il aurait envoyé des centaines de milliers de lettres uniquement en France. Dans ce courrier, il prétendait être un mathématicien, expert en calcul de probabilités, inventeur d'une méthode permettant de gagner «à coup sûr une véritable fortune au Loto français». Il affirmait agir avec l'assentiment des organisateurs du Loto.

Avec l'espoir sincère d'améliorer leur situation financière, des milliers de candides se manifestent auprès de Lotoflash, une société fantôme basée à Londres. Le pseudo-professeur ne compte pas dévoiler sa méthode. Il leur explique qu'il jouera à leur place et que les gains leur seront reversés intégralement. Il réclame de 125 à 1000 euros pour ouvrir un dossier et davantage pour miser sur les six numéros gagnants. Une fois l'argent encaissé, il écrit à ses créanciers au bout de quelques semaines pour leur annoncer la nouvelle: ils ont gagné. Preuve à l'appui, il transmet de faux relevés de compte sur lesquels apparaissent les sommes prétendument engrangées. Pour récupérer leurs gains, ils doivent encore verser de l'argent par chèque, toujours pour frais de dossier. Le Vaudois a effectivement misé une partie de l'argent perçu. Parfois, des gains obtenus – sans avoir défié les lois de la probabilité – ont été redistribués. Mais jamais un joueur n'a reçu plus qu'il n'avait misé.

Saisie par des centaines de joueurs qui se sont finalement rendu compte qu'ils étaient victimes d'une arnaque, La Française des Jeux, organisatrice du Loto, porte plainte en 1999. L'ouverture d'une enquête par la police judiciaire française débouche sur un procès en 2001. En première instance, la justice condamne le Vaudois à quatre ans de prison et au remboursement de ses victimes. Alors qu'il vit dans le canton de Vaud, un mandat d'arrêt international est lancé à son encontre. Mais la Suisse n'extrade pas ses citoyens lorsqu'ils sont condamnés à l'étranger. Il fait alors appel du jugement français. En seconde instance sa condamnation est réduite à deux années ferme. Il pensait qu'en restant en Suisse il réussirait à se soustraire à la prison.

C'était sans compter sur le zèle de son banquier qui, intrigué par d'importants dépôts et retraits d'argent en espèces, l'a dénoncé à la justice vaudoise. D'autres personnes domiciliées dans le canton de Vaud sont poursuivies dans cette affaire, mais il est le seul inculpé et incarcéré. D'après les premières constatations des enquêteurs, il aurait gardé pour lui plus de la moitié des fonds qui ont transité sur ses comptes, soit au moins 5 millions de francs.

En France, l'arrestation du Vaudois a été accueillie avec un grand soulagement. Surtout pour La Française des Jeux. «Pour nous c'est l'aboutissement de six années de traque», raconte sa porte-parole, Sophie Royer. Surtout que depuis ses condamnations par les tribunaux français, le Vaudois continuait à vanter sa méthode illusoire. Les enquêteurs ont constaté que des milliers de courriers promettant des gains pour la nouvelle loterie européenne Euro-Millions étaient prêts à inonder la France et sa cohorte de joueurs en mal d'argent.

S'ils comptent récupérer l'argent qu'ils ont perdu, les lésés français devront se manifester auprès de la justice vaudoise. Mais comme au Loto, ils ne sont pas sûrs de récupérer au moins leur mise. Il faudra que la justice estime que le prévenu s'est enrichi à leurs dépens avec astuce.