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Un espoir neuchâtelois candidat à l’exécutif

Le PS aura son duo de choc dans la course au gouvernement en avril 2013: le ministre élu récemment Laurent Kurth et l’actuel conseiller communal de Val-de-Travers, Jean-Nat Karakash, âgé d’à peine 33 ans. Une carrure, qui se confie

Le postulat est généralement formulé en vue des élections neuchâteloises du 14 avril 2013: le Conseil d’Etat a besoin de sang neuf et de personnalités à la hauteur. Sous-entendu: l’actuel gouvernement a failli, en raison des faiblesses de ses membres. Les deux principaux partis cantonaux soumettent au verdict populaire des pointures (lire ci-dessous). Pressenti, le socialiste Jean-Nat Karakash, 33 ans, conseiller communal de Val-de-Travers, entre dans l’arène.

Considéré comme «brillant, intelligent, fin stratège» par l’UDC Yvan Perrin (LT du 01.05.2007), le jeune père de famille paraît avoir les compétences pour devenir ministre. Ce fils de pasteur grec de Turquie naturalisé à Genève, ingénieur EPFL en informatique, président du Parti socialiste neuchâtelois à 23 ans (de 2002 à janvier 2006), ancien conseiller stratégique du ministre Bernard Soguel, a jusqu’ici réussi tout ce qu’il a entrepris. Son élection fait peu de doutes. Pragmatique, bon vivant, épicurien, il se confie.

Le Temps: Votre candidature était attendue et préparée. Pourquoi avoir tergiversé?

Jean-Nat Karakash: Ce n’est pas une décision facile à prendre. Surtout quand on occupe un poste à l’exécutif de Val-de-Travers, projet magnifique issu de la fusion de neuf communes. J’y trouve énormément de plaisir. Egoïstement, je me serais bien vu y travailler encore quelques années, dans une dynamique très positive.

– Entre le relatif confort actuel et le probable inconfort du Château cantonal, votre cœur a balancé?

– Si je cherchais le confort, je ne serais évidemment pas candidat au Conseil d’Etat. Ce qui m’a décidé, c’est l’intérêt général. Et l’envie d’amener au Château l’expérience de Val-de-Travers. On était proche de la sinistrose. Depuis cinq ans, la région a repris les choses en main, fait des choix et s’est reconstruit un projet d’avenir. Le canton doit lui aussi solliciter la matière grise et les bonnes volontés pour construire un projet collectif. Je ne crois pas à la boîte noire et fermée dans laquelle on élabore des solutions qui sortent du chapeau. Il faut avoir l’humilité de reconnaître que l’Etat a certes une responsabilité centrale, mais n’est qu’un partenaire.

– Vous avez 33 ans, deux filles en bas âge. Imaginez-vous dédier un temps particulier à votre famille, pendant votre mandat?

– Je ne serai pas un père absent en permanence. Aujourd’hui, je travaille déjà à 150, voire 200% tout en préservant des moments privilégiés avec ma famille. Je suis convaincu que travailler plus n’est pas sain. Trop de politiciens ne prennent pas de recul. Consacrer un peu de temps à ma famille me ramènera aux réalités.

– Serez-vous l’homme fort qui succédera à Jean Studer?

– Etre une forte personnalité, c’est le job du gouvernement dans son ensemble. Je ne crois pas à la personnalité dominante qui prenne sur elle de tracer l’avenir du canton. Je ne suis pas sûr que c’était le souhait de Jean Studer. C’est le contexte qui l’a voulu. Si on veut réussir, il faut certes de fortes personnalités, mais pas au point d’être incapables de travailler ensemble.

– Est-il important, pour vous, de revenir à un gouvernement à majorité de gauche?

– C’est judicieux que la majorité gouvernementale soit cohérente avec celle du parlement. Et, comme le Grand Conseil va rester à gauche… L’objectif ne consiste pas à imposer des projets de gauche. Je n’ai jamais travaillé dans cette logique. Il est nécessaire de trouver des consensus larges. Pour dégager des marges de manœuvre. Quelle que soit la majorité, il sera incontournable de passer par des sacrifices.

– Dans un canton en crise, un ministre peut-il avoir une vision ou doit-il se limiter à être un pompier?

– Dégager une marge de manœuvre, c’est précisément arrêter de jouer les pompiers. Si on veut inverser les tendances négatives, il faut investir dans le développement. L’Etat doit le faire, avec des partenaires qu’il aura fédérés. A la condition d’être crédible et d’avoir quelques deniers à apporter. Je crois au partenariat. C’est le bon moyen de reprendre le dessus, plutôt que de subir.

– Ne faut-il pas se rendre à l’évidence qu’en refusant le Transrun, les Neuchâtelois ne sont pas disposés à investir?

– Le Transrun, ce n’était pas qu’un train, ce devait être la vision d’une nouvelle organisation du canton. Le gouvernement a commis l’erreur de couper toute action participative dans l’élaboration du projet. Ce dont Neuchâtel a besoin, ce n’est pas d’abord d’un train, c’est d’une nouvelle manière de se penser et d’organiser ses territoires, de valoriser les atouts de ses régions.

– Est-il possible d’avoir une vision cantonale, avec le fossé entre le Haut et le Bas?

– J’ai l’avantage d’être du Val-de-Travers. Ce qui m’intéresse, c’est de voir ce que le Haut et le Bas peuvent amener au canton. Et pas l’inverse. Le canton doit faire ensuite de l’arbitrage territorial, pour avoir un développement cohérent.

– Souffrez-vous de l’image peu flatteuse de Neuchâtel à l’extérieur?

– A titre personnel, cela me laisse froid. Mais il faut considérer les conséquences d’une mauvaise image. Il est nécessaire de se départir d’une telle perception pour générer des investissements, privés ou d’autres collectivités. Même si les voyants sont au rouge, je suis persuadé qu’il y a des atouts et des opportunités dans ce canton. Comme au Val-de-Travers, je perçois une motivation des Neuchâtelois à se sortir du guêpier. Les potentiels sont là et les gens qui vivent dans ce canton l’aiment. C’est de nature à permettre un projet de développement.

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