Le déluge qui a noyé une partie de Lully vendredi matin (Le Temps d'hier) aura des suites politiques. Les habitants de cette commune résidentielle de la campagne genevoise ont reçu lundi matin une lettre du gouvernement cantonal qui tenait à leur exprimer officiellement sa sympathie et ses inquiétudes: «Le Conseil d'Etat est choqué par l'inondation qui vous a frappés et en particulier par les dangers encourus par nombre d'entre vous», résumait en une première phrase Micheline Calmy-Rey, présidente de l'exécutif.

Dimanche soir déjà, le gouvernement avait mandaté un expert, le professeur de droit Thierry Tanquerel, qui devra lui remettre d'ici à la fin de janvier 2003 un rapport sur les conditions administratives et politiques de la catastrophe. Portant à la fois sur les responsabilités du canton, de la commune et des privés, l'enquête de cet ancien juge du Tribunal administratif devra expliquer pourquoi un drame – affectant quelque 500 personnes – a pu survenir une nouvelle fois, alors qu'il s'était produit sous une forme très semblable il y a une année et demie.

Dès samedi, le drame a pris une dimension polémique dans la Tribune de Genève, le maire de Bernex (dont dépend Lully), Alain-Dominique Mauris, accusant le canton d'avoir tardé à adopter les dispositions réglementaires nécessaires à la réalisation d'infrastructures préventives, tel un collecteur d'eaux. Lundi, Robert Cramer, chef du Département cantonal de l'intérieur, de l'agriculture et de l'environnement, réfute ces attaques: «Affirmer que nous avons traîné les pieds relève de la mauvaise querelle.» Certes, avis, préavis et rapports se sont succédé, mais «dans des délais tout à fait ordinaires», assure le magistrat. De son côté, le maire de Bernex considère que le canton n'a pas agi avec la célérité requise, car il sous-estimait le risque que survienne une nouvelle inondation à court terme.

Reste à savoir si des permis de construire et autres autorisations n'ont pas été accordés trop facilement, et si des aménagements non réglementaires n'ont pas été effectués dans ce quartier résidentiel que l'on savait exposé. La réponse devrait être fournie par le professeur Tanquerel. Le canton ne cache toutefois pas qu'il lui manquait une base légale pour interdire des constructions en zone inondable. Coïncidence opportune, le Grand Conseil a adopté vendredi soir la loi qui permettra de combler cette lacune.

Lundi toutefois, 23 familles de Lully, soit une centaine de personnes, n'avaient pas retrouvé leur logement. Les habitants du quartier sinistré rencontreront ce mardi soir les autorités pour exprimer leurs nombreuses inquiétudes. Ils ont constitué un collectif qui pourrait leur permettre de défendre leurs intérêts devant la justice.