«Ce cas est particulier: il s'agit d'un forum de discussions et non uniquement d'une livraison de matériel pornographique. Les participants échangent leurs remarques sur les méthodes pour détourner des petites filles. Certaines déclarations laissent supposer de l'expérience.» Chef du Service de coordination de la lutte contre la criminalité sur internet (SCOCI), Philipp Kronig a accumulé de l'expérience au fil des dernières années. Depuis «un certain temps» -il préfère rester vague -, une plateforme internet au contenu pédophile, hébergée chez un fournisseur d'accès saint-gallois, occupe les enquêteurs de son service, basé à Berne.

Hier, c'est la juge d'instruction du canton, Ursula Brasey, qui l'a fait savoir aux médias: un réseau concernant la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche et le Liechtenstein a été mis au jour par les responsables helvétiques. En réalité, il s'agit d'un forum, qui serait géré par des Allemands, permettant aux utilisateurs, cachés derrière des pseudonymes et correspondant en allemand, de faire circuler leurs conseils et astuces pour abuser de jeunes filles.

600 personnes en Allemagne

En Suisse, pour l'heure, treize procédures pénales ont été ouvertes contre des hommes âgés de 20 à 65 ans. Parmi eux, quatre ont été arrêtés pour actes d'ordre sexuel avec enfant ou production d'images et de films à caractère pornographique. Selon l'ATS, ils auraient été remis en liberté. Ils ont avoué. Deux hommes sont accusés d'avoir abusé d'une fillette de 12 ans qui appartiendrait à leur cercle de connaissances. Du matériel informatique a été saisi, laissant supposer «une grande quantité» d'images à connotation pornographique. Parallèlement ce sont 600 Allemands, 40 Autrichiens et quatre Liechtensteinois qui sont visés par cette enquête et dont les pays ont été alertés par l'Office fédéral de la police. Par contre, a fait savoir la juge, aucune procédure n'a été lancée contre le fournisseur d'accès. Il aurait collaboré avec les autorités.

Criminalité menaçante

Cette affaire rappelle une nouvelle fois que la cybercriminalité devient une forme de criminalité des plus menaçantes. En été 2002, la gigantesque opération «Genesis», visant des milliers d'internautes aux quatre coins du monde, tous soupçonnés, également en Suisse, d'avoir téléchargé des images à caractère pédophile depuis un site texan et démasqués par leur carte de crédit, a marqué le début d'une longue liste de rafles.

«Disons que nous ne manquons pas de travail», relève Philipp Kronig qui dispose de huit collaborateurs. L'an dernier, son service, lancé à l'échelle nationale en 2003, a récolté quelque 10000 communications de soupçon émanant d'internautes. La grande majorité concernait des spams ou des cas de pornographie enfantine.

Au-delà de ces dénonciations et de ses propres enquêteurs, le service se fie à des logiciels capables de recherches automatiques. «Notre premier souci est de déterminer s'il ne s'agit pas de sites élaborés pour avant tout outrepasser des tabous. L'expérience permet de les détecter.»

Généralement, en cas de doutes confirmés de sites à caractère pédophile, le SCOCI s'adresse au canton du fournisseur d'accès, «lorsque l'on peut avec assurance affirmer qu'il s'agit d'enfants, souvent âgés de moins de dix ans». Interrogé par la Radio suisse romande, Arnold Poot, membre de la brigade des mœurs de la police vaudoise, souligne de son côté qu'un forum de ce genre, une fois découvert, donne souvent accès à plusieurs centaines d'utilisateurs. Voire plusieurs milliers.