Le mouvement de regroupement des services de renseignement, dont il est question depuis des années, semble enfin prendre corps. Le Département de la défense, a appris Le Temps, a en effet décidé de fondre, dès le 1er janvier, une partie du Service de renseignement militaire (SRM) dans le Service de renseignement stratégique (SRS). Le pas franchi est certes modeste. Le nombre de personnes déplacées - à l'image des effectifs de ces services en général - reste confidentiel. Tout porte à croire qu'il est restreint. Mais la portée de l'acte ne l'est pas.

D'après certaines estimations, le Service de renseignement militaire, chargé d'opérer dans le cas d'interventions de l'armée à l'étranger, compterait une bonne quarantaine de professionnels affectés à la surveillance. Or, souligne-t-on au DDPS, seule la section «Auswertung Ausland» (Evaluation étranger) serait transférée sous la tutelle du SRS, un organisme civil directement rattaché au ministre de la Défense, Samuel Schmid, dont la mission est plus large (lire encadré). Objectifs: supprimer des doublons et permettre un gain d'efficacité d'une part. Casser la frontière entre instances civiles et militaires qui empêche une circulation optimale des informations, cruciale face aux nouvelles menaces.

Avec cette décision, Samuel Schmid effectue un pas concret vers la création d'un grand Département de la sécurité, qu'il appelle de ses vœux depuis longtemps. Il commence à adapter son département le plus soigneusement possible à une réforme, en prenant toutes les décisions qui émanent de sa seule compétence avant de soumettre les changements plus fondamentaux au Conseil fédéral.

Lien avec le Conseil fédéral

L'option de regroupement partiel du renseignement intervient en même temps que la publication, cette semaine, des objectifs que le Conseil fédéral s'est fixés pour 2008. Parmi ces buts figure explicitement - c'est une première - la «progression du Département [de la défense] vers un Département de la sécurité». Concrètement, «l'adaptation de l'organisation du département [sera] intégralement achevée» l'an prochain, ambitionne le gouvernement.

Prochaine étape dans le processus de réforme des départements: le 18 décembre. Ce jour-là, le gouvernement se réunira pour discuter de la répartition des portefeuilles ministériels. Si l'ensemble des conseillers fédéraux est réélu le 12 décembre, aucun changement ne devrait être opéré. Car seul Christoph Blocher brûle de changer d'affectation. Néanmoins, ce jour-là, le collège évoquera forcément la réforme des départements. Une discussion intermédiaire avant que les propositions de l'ensemble des conseillers fédéraux soient débattues en février, selon l'agenda fixé.

La décision prise cette semaine par Samuel Schmid est applaudie par plusieurs spécialistes des affaires sécuritaires sous la Coupole. A l'image de Didier Burkhalter (PRD/NE), pour qui «un mouvement de concentration et de décloisonnement des différentes instances aurait dû intervenir depuis longtemps». Reste maintenant à savoir si le Conseil fédéral sera prêt à casser pour de bon la barrière - cruciale à la fois pour une partie de la gauche et pour certains UDC - qui sépare les instances policières et militaires, en confiant à Samuel Schmid l'ensemble de l'appareil sécuritaire fédéral, Police judiciaire fédérale comprise.