L'europhilie jurassienne pourrait perdre de sa flamboyance le 4 mars prochain, alors qu'elle s'était illustrée par 77% de oui à l'EEE en 1992 et autant en faveur des bilatérales en mai de l'année dernière. Un double front inattendu préconise le rejet de l'initiative «Oui à l'Europe!».

Les délégués du Parti libéral-radical (PLRJ) ont décidé, dans une proportion de 60 contre 40%, de recommander le non. «Une majorité se range derrière les arguments du Conseil fédéral, explique le président, Michel Flückiger. Le résultat positif des accords bilatéraux a été obtenu, pour partie, sur la promesse d'expérimenter le processus bilatéral. Les partisans de cette approche graduelle ne peuvent se déjuger en cautionnant une initiative postulant l'accélération du processus d'intégration.» Le président du PLRJ précise que «le temps de l'adhésion viendra». «Je suis convaincu qu'une majorité des radicaux jurassiens est favorable à l'Union européenne», s'empresse-t-il d'ajouter.

Michel Flückiger s'élève par ailleurs contre tout amalgame qui pourrait être fait entre la position de son parti et celle d'un comité intitulé «Non à l'UE», emmené par de farouches europhobes, le responsable de l'ASIN dans le Jura, Jean-Jacques Kottelat, en tête, qui s'est entouré notamment de ceux qui avaient combattu avec lui, en 1997, le droit d'éligibilité des étrangers.

Candidat UDC aux élections fédérales de 1999 où il avait obtenu 7,2% des suffrages, Jean-Jacques Kottelat provoque la polémique en affirmant, dans un communiqué, que l'assemblée qu'il a convoquée était formée de «représentants des partis PLRJ, PS, UDC et UDF». Radicaux et socialistes dénoncent l'utilisation «abusive et trompeuse» du mot «représentant». Le PLRJ «dément sa participation au comité en question, comme aux actes que celui-ci pourra conduire». Et s'il devait y avoir des radicaux dans ce comité, ce serait «à titre personnel, n'engageant qu'eux-mêmes». Même son de cloche socialiste, dont le président, Gilles Froidevaux, condamne «un fantasme de M. Kottelat, imaginé dans ses rêves les plus sombres».

Stratégique ou fondamental, le «non» recommandé par une partie de la droite jurassienne lézarde le large front des partisans de l'initiative, emmenés par le gouvernement, qui déclarait en janvier déjà que «l'Union européenne est l'entité politique au sein de laquelle la Suisse doit construire son avenir», par le parlement qui a voté une résolution, malgré l'abstention d'une partie des radicaux et de l'UDC, et par le PDC, le PS et le PCSI.

La gauche socialiste et syndicale du canton du Jura et du Jura bernois a même saisi l'occasion pour mettre de côté ses divergences concernant la Question jurassienne et créer un comité interjurassien en faveur d'une «Europe sociale et démocratique».