Les bandes criminelles des banlieues françaises ne se contentent plus de sévir dans les cantons frontaliers. En mars 2013, la police cantonale fribourgeoise a interpellé trois cambrioleurs. Il s’est avéré qu’ils appartenaient à un réseau structuré basé dans le Val-de-Marne, qui volait et revendait du matériel informatique dérobé dans des entreprises.

En Suisse, ce réseau compte à son actif près de soixante cambriolages, dont une quarantaine sur le sol fribourgeois et les autres dans les cantons de Berne et de Vaud, pour un montant estimé à près d’un million de francs.

Vendredi, la police fribourgeoise ainsi que la Direction territoriale de sécurité de proximité du Val-de-Marne ont loué leur collaboration, qui a permis l’arrestation de neuf autres personnes en France, dont le cerveau de la bande.

Des raids de quelques jours

Tout a commencé par un cambriolage en apparence anodin dans une menuiserie de Kleinbösingen, commune fribourgeoise située entre Guin et Morat. Alertée, la police a pris en chasse le véhicule qu’elle a stoppé près d’Yverdon-les-Bains. De leur côté, les autorités policières françaises enquêtaient depuis plusieurs mois sur une série de cambriolages commis dans des entreprises. Elles avaient pu définir le mode opératoire d’un réseau constitué autour d’un individu connu de leurs services et s’étaient rendu compte qu’il sévissait surtout en Suisse. La bande louait des véhicules, modifiait les numéros d’immatriculation et effectuait des raids de quelques jours en Suisse, avant de rentrer et de revendre le matériel. L’arrestation des trois cambrioleurs par les policiers fribourgeois a permis à leurs homologues français de déclencher leur propre opération policière quelques jours plus tard.

«Une réussite parfaite»

«On constate que les bandes vont toujours plus loin à l’intérieur des frontières. Ce faisant, elles prennent des risques car la police parvient dès lors à les poursuivre sur une plus grande distance», a relevé Jean-Pascal Tercier, de la police cantonale fribourgeoise. Louant la collaboration entre les deux pays, Thierry Galy, de la Direction territoriale de sécurité de proximité du Val-de-Marne, parle d’une «réussite parfaite». «En France, je ne sais pas si nous aurions pu poursuivre une voiture sur une aussi longue distance. On nous aurait demandé de nous arrêter pour éviter que les cambrioleurs ne se fracassent contre un lampadaire», a-t-il ironisé. Et d’expliquer à quel point ce type de bandes est difficile à appréhender. «Avec l’abolition des frontières et la paupérisation de la société, on se retrouve non plus face à des casseurs, mais face à des équipes chevronnées, structurées. Elles ont des objectifs précis, des zones bien définies qu’elles ratissent méthodiquement avant de se retirer.» Et évidemment, la Suisse les attire. D’où la complexité des enquêtes de part et d’autre de la frontière. Pour Fabien Gasser, procureur général du canton de Fribourg, cette affaire est la preuve qu’il faut prendre au sérieux même les vols qui paraissent banals.

Sur les trois personnes interpellées par la police cantonale, deux sont encore en détention préventive. Elles seront jugées en Suisse, tandis que la France jugera les individus qu’elle a elle-même interpellés. Fabien Gasser avoue qu’il a été question de regrouper la procédure en France, où le cerveau du gang a été interpellé. «Mais nous avons tout de même soixante cambriolages commis en Suisse», justifie-t-il. Les peines que les cambrioleurs pourraient encourir sont plus ou moins identiques, soit un maximum de 15 ans.