Un petit trafic carcéral a abouti à l'arrestation d'un jeune gardien de Champ-Dollon. Le surveillant aurait remis, contre rémunération, des téléphones mobiles et des stupéfiants à des détenus qui avaient passé commande. 

L'intéressé, appréhendé ce mardi sur son lieu de travail, s'était déjà distingué par son comportement et par une longue absence. L'affaire rappelle en tous cas que la problématique des communications avec l'extérieur est loin d'être réglée.

Corruption passive

Le procureur général et la police des polices qui débarquent à la prison, perquisitionnent certains locaux et passent les menottes à un collaborateur, l'opération n'a rien de banal. Le communiqué du Ministère public précise que l'enquête est menée pour corruption passive et infraction à la loi fédérale sur les stupéfiants.

L'introduction de téléphones portables à l'intérieur de l'établissement est un fléau contre lequel les autorités ont de la peine à lutter et qui peut compromettre le bon déroulement de certaines enquêtes. Sans oublier les moyens de communication plus archaïques -lettres et autres messages- qui peuvent toujours être utilisés.

Mesures dissuasives

«La présence de téléphones est une problématique ancienne. Des mesures avaient déjà été prises pour lutter contre ce phénomène. Le mur d'enceinte a été rehaussé avec un filet pour empêcher les projections d'objets et des fouilles systématiques sont effectuées après les parloirs», explique Constantin Franziskakis, le directeur de Champ-Dollon.

Visiblement, ces mesures n'ont pas suffi même si le nombre d'appareils débusqués semble avoir sérieusement diminué depuis lors. Une trentaine de téléphones portables saisis en 2013, une quinzaine en 2014 et une dizaine en 2015. La piste d'une complicité interne a donc logiquement été envisagée pour expliquer cette persistance. Une piste que la police, en collaboration avec la prison, semble avoir suivi avec un certain succès.

Le système de brouillage fonctionne pour une partie de la prison mais pas pour l'autre et ce en raison d'obstacles techniques insurmontables.

Si le téléphone mobile reste un moyen prisé des détenus, c'est bien qu'il marche toujours malgré un dispositif censé priver cet espace carcéral des ondes nécessaires. «Le système de brouillage fonctionne pour une partie de la prison mais pas pour l'autre et ce en raison d'obstacles techniques insurmontables», précise le directeur. Et comme les détenus ne restent pas figés dans un secteur, il peuvent toujours espérer capter quelque signal.

Principe de confiance

Sans se prononcer sur le cas particulier du gardien arrêté -enquête en cours oblige-, Constantin Franziskakis fait remarquer: «Champ-Dollon est une institution où travaillent 350 personnes. On peut mettre en place tous les dispositifs techniques de contrôle, rien ne nous préservera d'une défaillance individuelle».

La fouille ou le passage par un portique pour les gardiens n'est pas à l'ordre du jour.

La direction se refuse en tous cas à envisager une surveillance généralisée des collaborateurs en raison d'un dérapage particulier. «La fouille ou le passage par un portique pour les gardiens n'est pas à l'ordre du jour. La confiance demeure intacte envers le personnel assermenté et uniformé. C'est ce principe qui doit guider le fonctionnement de l'établissement».

Un précédent

Ce n'est pas la première fois qu'un collaborateur de cette prison se compromet dans une histoire de téléphone. Début 2012, une jeune surveillante avait aussi été mise en cause pour avoir activé le smartphone d'un détenu qui purgeait une longue peine pour trafic de drogue. Quant à la nouvelle affaire, celle-ci n'a pas encore livré tous ses secrets.