C’est une première: le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone a condamné un supporter à 3 ans de prison – dont la moitié ferme – pour avoir jeté des explosifs sur la pelouse en plein match en février 2016. Un jugement que salue Christian Constantin, président du FC Sion, dans une comparaison asphaltée: «Tout le monde déteste Via Sicura, mais ça porte quand même ses fruits. Ici, c’est la même chose: quand l’intelligence n’est pas là, les sanctions et la sécurité peuvent la remplacer. Ça ne marchera pas pour tous, mais l’attitude est la bonne. Il n’y a que la fermeté et la sécurité pour régler ce problème.»

Cette décision expose de manière claire que de tels actes peuvent avoir des répercussions une vie durant

Pour son geste, qui a durablement blessé l’audition d’un spectateur, l’Appenzellois de 24 ans écope également de 180 jours-amendes à 50 francs la journée et d’une amende de 700 francs. A cela s’ajoutent 12 000 francs de dommages et intérêts à verser à la victime. Artificier convaincu, le prévenu avait déjà été averti pour son comportement lors d’un match précédent, puis avait reçu une nouvelle amende six mois plus tard pour usage d’engins pyrotechniques illégaux lors du 1er Août.

Secrétaire général de la Conférence intercantonale de justice et police (CCDJP), Roger Schneeberger approuve également la décision du tribunal: «Je connais le cas de plusieurs policiers souffrant d’acouphènes consécutifs à des jets de pétards, ceux-ci doivent cesser», condamne-t-il fermement. Claudius Schäfer, directeur de la Swiss Football League (SFL), veut croire à un signal: «Nous espérons une prise de conscience, surtout chez les plus jeunes. Cette décision expose de manière claire que de tels actes peuvent avoir des répercussions une vie durant.» Sans se faire de fausses idées, toutefois: «L’effet préventif du jugement ne sera certainement que modéré chez les ultras», admet-il.

Un concordat spécial mis en place

Les incivilités des supporters n’ont pas disparu, mais le progrès est là. Roger Schneeberger résume la situation: «Jusqu’au début des années 2010, nous assistions à une montée de violence. En réaction, un concordat instituant des mesures contre la brutalité lors de manifestations sportives est entré en vigueur dès 2007, puis a été durci en 2012. Il a permis de casser cette tendance. Les résultats actuels montrent que la coopération entre la SFL, les cantons et les forces de police porte ses fruits», se réjouit-il.

Rejoint par 24 cantons (seuls les deux Bâles en sont absents), le concordat prévoit diverses mesures: il interdit aux supporters fichés l’accès au périmètre du stade ou les prive du droit d’assister à une rencontre à l’étranger. Il prévoit également la création de la banque de données Hoogan, hébergée par fedpol. Les autorités peuvent également imposer des obligations aux organisateurs de manifestations sportives, comme le recours à des agents de sécurité privés ou des restrictions sur la vente d’alcool.

Des coûts exorbitants

Les supporters violents coûtent cher. Et pas seulement aux forces de police, comme le rappelle Claudius Schäfer: «Les clubs peuvent être amenés à passer à la caisse pour assurer la sécurité à l’extérieur du stade, ce qui n’existe pas en Allemagne, par exemple. Le FC Lucerne dépense ainsi jusqu’à 800 000 francs par an pour sécuriser le domaine public aux alentours de son enceinte.»

Roger Schneeberger confirme: «Si la police est amenée à intervenir lors d’événements privés, comme des concerts, les organisateurs assument une partie ou l’intégralité de l’addition. Le football n’est pas différent. En prévision des débordements, les clubs contribuent régulièrement aux coûts des interventions policières, par forfait ou en pourcentage des entrées. En moyenne, cette participation ne couvre cependant qu’un quart des dépenses extraordinaires induites par ces opérations.»

La sécurité nous coûte jusqu’à un million de francs par an. Cela comprend les dépenses à l’intérieur et à l’extérieur du stade et les amendes

Christian Constantin

Des montants astronomiques que confirme Christian Constantin: «La sécurité nous coûte jusqu’à un million de francs par an. Cela comprend les dépenses à l’intérieur et à l’extérieur du stade et les amendes.» Car les clubs décaissent également pour les frasques des enthousiastes supporters. «Le principe de responsabilité causale veut que, même si les hôtes prennent toutes les mesures nécessaires, un jet de pétard entraîne une amende de notre part. On monte vite à 10 000 francs», confirme le directeur de la SFL.

Fanarbeit Schweiz dénonce la «campagne médiatique à l’encontre de l’accusé»

Si la majorité des acteurs célèbre ce jugement comme un pas dans la bonne direction, un accueil plus tiède lui est réservé du côté de Fanarbeit Schweiz, la faîtière des supporters (suisses alémaniques uniquement). L’organisation, qui a pour but de «promouvoir une Fankultur active et créative», dénonce également tout lancer de pétard sur la pelouse.

Elle tient toutefois à rappeler que «l’utilisation d’autres matériaux pyrotechniques ne peut pas être mise sur un pied d’égalité avec ceux-ci». Et d’ajouter: «Les sanctions doivent être proportionnées pour que les peines soient légitimes dans un Etat de droit», dénonçant au passage la «campagne médiatique à l’encontre de l’accusé». L’avocate du prévenu avait d’ailleurs plaidé la relaxe, estimant que son client avait «pris ses précautions» lors du lancer d’explosif incriminé. Les juges de Bellinzone n’y ont pas cru.