On ne peut que saluer la volonté du Conseil fédéral de franchir enfin le pas de la transparence, car l'administration s'est trop souvent réfugiée derrière la clause du secret pour refuser de divulguer des informations qui relèvent pourtant de l'intérêt général. Le problème, c'est que le projet présenté semble receler quelques désagréables arrière-pensées et une lecture attentive laisse imaginer que les moyens de contourner la règle de la publicité ne manqueront pas.

Les fameux corapports, ces avis que les conseillers fédéraux émettent à propos des dossiers de leurs collègues, doivent, selon ce projet, rester confidentiels, et cela au nom de la collégialité. Fort bien. On objectera cependant que les corapports sont des instruments privilégiés de la stratégie d'un tacticien comme Pascal Couchepin, et ce n'est sans doute pas tout à fait par hasard qu'ils trouvent l'écho médiatique qu'on leur connaît. Qu'on le veuille ou non, la nouvelle loi ne changera rien à l'affaire, si ce n'est que les avis divergents que l'on souhaite rendre publics le seront peut-être par le biais de «documents inachevés», qui, eux, ne sont pas considérés comme secrets. D'autre part, il n'est souvent pas difficile de deviner que tel ou tel conseiller fédéral est en désaccord avec une décision du collège. Le maintien du secret sur les corapports n'est donc qu'une chimère.

Par ailleurs, l'administration gardera la compétence de prévoir une «gradation du niveau d'accessibilité» (sic) des documents, ce qui laisse craindre que la transparence ne soit pas toujours aussi large qu'on le souhaite officiellement.