Le menu des votations cantonales genevoises était copieux. Les électeurs avaient à trancher le sort de pas moins de huit objets, ou six objets si l’on considère que l’initiative contre les allégements fiscaux du PS, son contre-projet du Parlement et la question subsidiaire ne sont qu’un seul et même sujet. Arithmétiquement, il faudrait donc considérer ce scrutin comme une demi-victoire (ou une demi-défaite) pour le Conseil d’État, l’exécutif a été suivi dans ses recommandations sur trois objets sur six. Mais ce serait vite oublier que ces enjeux de votation n’étaient pas égaux en importance.

Défaite des référendaires sur la caserne des Vernets

Sur l’éviction anticipée des militaires de leur caserne des Vernets afin d’y permettre la réalisation de 1500 logements, les électeurs ont délivré une vraie gifle (69% de non) au référendaire, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSSA). Leur message est limpide: on ne badine pas avec 1500 nouvelles habitations, surtout lorsque le canton peine toujours à loger ses propres habitants. Par ailleurs, le message du GSSA a été peu audible. Si l’association anti-militariste ne s’opposait qu’au coût du déménagement de l’armée, les électeurs ont vraisemblablement compris un tout autre message: à savoir que l’armée allait rester au centre-ville s’ils se prononçaient favorablement, et pire, que c’était le GSSA lui-même qui le leur demandait. À savoir si c’était une victoire du Conseil d’État, il faut plutôt y voir une défaite sévère des référendaires.

Deux mesures d’économies sur trois approuvées

Le Conseil d’État a réussi à faire passer – mais de peu –  deux des trois mesures d’économies qu’il proposait face à autant de référendums lancés par les milieux associatifs (locataires et retraités) et soutenus par la gauche. Seule celle touchant les prestations complémentaires cantonales dédiées aux assurés AVS et AI ne passe pas l’examen du peuple.

Comment expliquer ces résultats? D’abord, le volume d’économie que proposait le Conseil d’État était faible, soit 15,5 millions de francs pour ces trois mesures. Certains électeurs ont-ils estimé qu’elles étaient indolores? Peut-être. Ensuite, la relative complexité de la matière contraint souvent l’électeur à suivre les consignes de vote de son parti. Rappelons que toute la droite au Grand Conseil avait approuvé ces projets. Enfin, le nombre de personnes touchées: le réajustement des aides accordés à certains locataires ne menaçait que la fourchette haute de ceux qui bénéficient d’un logement subventionné. Quant à la modification du mécanisme d’attribution des subsides d’assurance-maladie, quelque 1500 personnes seulement étaient concernées alors que près de 20 000 autres auraient vu leurs prestations complémentaires AVS/AI être impactées. Rien ne permet de conclure que des mesures plus douloureuses auraient passé l'examen du «peuple» avec succès.

À noter encore que la campagne menée par la gauche contre l’initiative UDC a sûrement phagocyté ses ressources militantes sur le terreau cantonal.

Longue vie aux allégements fiscaux

L’initiative du PS visant à supprimer les allégements fiscaux est balayée (à 59%), mais le contre-projet proposé par le Grand Conseil est lui aussi refusé, certes à une très courte majorité de 50,28%. Tout porte à croire que le corps électoral ne veut pas que l’on touche d’une manière ou d’une autre à mécanisme d’attraction économique qui fonctionne. Si le gouvernement genevois a défendu le contre-projet, son refus n'est pas à considérer comme une défaite pour l’exécutif, qui n’avait que pour seul dessein, que de torpiller le texte socialiste. C'est réussi.