Depuis son inauguration, on l'a plus souvent vu au ras de l'eau qu'au sommet du Jet d'eau. Hier matin encore, il reposait au pied de la fontaine qui rend célèbre Genève dans le monde entier. Pourtant, le destin promis au ballon géant symbolisant l'Euro 2008 consistait à être propulsé par le Jet d'eau «jusqu'à la fin du championnat», assuraient le 24 avril le canton et Genève Tourisme. Seulement voilà: le ballon de 15 mètres de diamètre, censé dominer la Rade à 150 mètres du sol, ne supporte pas vraiment le vent. Dès que cela souffle à plus de 30 km/h, la sphère gonflée à l'hélium doit être redescendue. De quoi donner des sueurs froides aux organisateurs de l'Euro 2008, à 31 jours de l'événement... Aurait-on investi 360000 francs à tort?

De la BBC à CNN

Pas du tout, rétorque Jean-Pierre Jobin, président de Genève Tourisme. Qui assure qu'en termes de marketing, l'opération a déjà été rentabilisée: «L'image a fait le tour du monde, et c'était l'objectif recherché. CNN et la BBC ont montré notre ballon géant au-dessus du Jet d'eau. Imaginez ce que nous coûteraient quelques secondes sur CNN!»

Le risque de décevoir ceux qui s'attendent à voir l'énorme sphère survoler le Jet d'eau existe. Car bien sûr, il est impossible de tabler sur une météo sans vent à 30 km/h du 7 au 29 juin, quand le monde entier aura les yeux rivés sur Genève. De leur côté, les participants et amateurs de la régate du Bol d'Or, qui se déroulera sur le Léman du 13 au 15 juin, ne rêvent sans doute que de rafales. «On n'a jamais garanti que le ballon serait là-haut pendant trois mois», se défend Jean-Pierre Jobin.

Les mésaventures d'un géant

A Genève Tourisme et à l'Etat, on assure que l'on avait anticipé le fait que le ballon serait soumis aux caprices du zéphyr. «Cela faisait partie des prescriptions des constructeurs», explique Laurent Forestier, secrétaire adjoint au Département des constructions (DCTI). Il doit par ailleurs être régulièrement regonflé.

Ses débuts furent déjà difficiles. «On a reporté le gonflage de trois semaines parce qu'il fallait deux jours consécutifs de temps sec», raconte Joëlle Snella, responsable de la presse à Genève Tourisme. Inaugurée le 24 avril, la sphère d'hélium a été redescendue une première fois dimanche 27 avril, à cause du vent. Puis remontée mardi 29, pour faire honneur au Tour de Romandie. Mais remise à flots le lendemain.

Depuis mercredi passé, il n'y avait donc plus de géant au-dessus du Jet d'eau. Dans la foulée de ses mésaventures, le ballon a perdu l'un de ses câbles électriques, censés l'illuminer la nuit. Sur le terrain hier en fin d'après-midi, Joëlle Snella guettait la fin de la réparation. Puis annonçait, satisfaite: «Le ballon sera en haut vers 17h30. Il faut tout de même compter 45 minutes pour le monter.»

Mais un vent de 30km/h, cela paraît plutôt anodin. A MeteoNews, Frédéric Glassey explique: «Cela dépend si l'on parle de rafales ou de vent moyen. Les premières sont quasi quotidiennes, tandis que le second se produit en moyenne cinq jours par mois. Visiblement, le ballon n'a pas été météorologiquement conçu», relève-t-il. Au DCTI, on ne savait pas hier si les contraintes appliquées au ballon sont liées aux rafales ou au vent moyen. Ce qui change pourtant notablement la donne.

«Beau, même à terre»

Beaucoup d'incertitudes sont liées au fait que ce ballon constitue «une première mondiale, souligne Laurent Forestier. Il a été conçu pièce par pièce, tout est du sur-mesure». La paternité du projet revient à Marco Torriani, membre du comité de Genève Tourisme et directeur du Mandarin Oriental Hôtel du Rhône. «Lors d'une séance, il a proposé: «Et si on mettait un ballon au-dessus du Jet d'eau?» On s'est dit chiche!», raconte Joëlle Snella. Il aura fallu près d'une année pour mettre au point le ballon, conçu par l'architecte genevois Gérald Bornand et construit en Angleterre, selon Joëlle Snella.

Le suspense est désormais entier. Le ballon géant pourra-t-il assurer sa lourde tâche de lier à jamais l'image de Genève à l'Euro 2008? Qu'importe, rassure Jean-Pierre Jobin: «Quoi qu'il arrive, il ne disparaîtra pas de la vue. Même à terre, il est beau.» Il reste à s'assurer qu'il ne s'envolera pas plus loin sur le Léman.