Neuf montres, toutes catégories confondues, ont été primées jeudi lors de la deuxième édition du Grand Prix d'horlogerie de Genève. Particularité de ce millésime 2002: les neuf montres en question se sont volatilisées. En effet, 50 pièces destinées au Grand Prix étaient exposées au Musée de l'horlogerie pour permettre au public de voter pour la plus belle d'entre elles. Or, 220 pièces du Musée – dont les 50 montres du concours et 170 pièces de collection – ont été dérobées dimanche dernier lors d'un casse brutal perpétré par une équipe de professionnels, qui se sont enfuis avec un butin estimé à plus de 10 millions de francs.

L'émotion était forte hier soir au Grand Théâtre, où les professionnels de l'horlogerie étaient présents pour la remise des prix aux lauréats du concours. Philippe Stern, président primé de Patek Philippe pour sa «Ciel Lune» (photo), s'est exprimé avec inquiétude sur l'avenir des musées horlogers privés. «Nous ne sommes pas certains d'être en mesure de pouvoir garder le Musée Patek Philippe ouvert.» Nicolas Hayek, président de Swatch Group, a fait part de son intention d'aider le Musée de l'horlogerie de Genève, financièrement et logistiquement. Il a affirmé avoir déjà envoyé une équipe de spécialistes pour analyser comment améliorer le système de sécurité. «C'est une attaque contre nous tous! Nous devons être solidaires et réagir, car les autorités ne sont pas capables de faire face aux cambriolages brutaux que subit le monde de l'horlogerie. D'ailleurs, aujourd'hui même, un de nos clients a été dévalisé à Lucerne et une boutique du groupe cambriolée.»

Cette réaction énergique répond à un problème qui gangrène la branche depuis quelques années. Le cambriolage de Genève n'est en effet que le dernier d'une longue liste de vols perpétrés partout en Europe, et qui n'épargne pas la Suisse. Selon Caesar Menz, directeur du Musée de l'horlogerie, «la situation est très préoccupante pour tous les horlogers, car il devient très difficile de lutter contre ces bandes organisées et prêtes à courir de grands risques.»

Le marché de la montre de luxe a connu ces dernières années une formidable expansion, et les prix des pièces atteignent des sommes astronomiques lors des ventes aux enchères. «Il y a un rapport évident entre l'augmentation des prix du marché et la fréquence des vols. Il existe aujourd'hui une flambée des pièces anciennes qui peuvent se revendre jusqu'à 10 ou 20 fois leur prix d'achat», explique Etienne Leménager, expert de la maison Antiquorum. Or, les pièces dérobées au Musée de l'horlogerie dimanche étaient pour la plupart des montres anciennes, toutes numérotées et cataloguées. «Ces montres sont trop connues pour être revendues; le marché est si petit que tout le monde serait au courant en vingt minutes si quelqu'un essayait de les écouler», commente un responsable des montres pour la maison Phillips, de Pury et Luxembourg. Aussi, certaines voix dénoncent des collectionneurs peu scrupuleux comme étant les probables commanditaires de ce type de cambriolages. Selon Nicolas Hayek, cela reste très difficile à confirmer et personne ne sait réellement ce que deviennent ces pièces de collection. Il souligne d'ailleurs que la disparition de la plus fameuse montre Breguet il y a une vingtaine d'années reste encore un mystère, même s'il est fort probable qu'elle soit dans les mains d'un collectionneur amoureux.