La première greffe du cœur remonte à trente et un ans. La sensation causée par cet exploit médical n'est pas restée sans suite. La recherche a développé des médicaments qui limitent les rejets. Des greffes sont désormais régulièrement pratiquées dans les plus grands hôpitaux et le nombre de malades en attente d'un rein, d'un cœur ou d'un foie ne cesse d'augmenter. Plus de 400 personnes sont dans cette situation en Suisse. Cette évolution n'a toutefois pas été suivie par le droit. La Confédération reste l'un des seuls Etats privés de législation nationale à ce sujet. Les cantons sont compétents, avec des situations diverses entre le vide juridique absolu pour cinq d'entre eux et des régimes très partiels. C'est pour combler cette lacune qu'un nouvel article constitutionnel a été adopté par le parlement. Son adoption est proposée au peuple dimanche 7 février. A ce stade, il ne s'agit que de doter la Confédération de la compétence pour légiférer. Les débats de fond sont pour plus tard, quand le parlement édictera les règles concrètes, lesquelles pourront alors être attaquées par référendum. Le transfert de compétence à la Confédération vaut à l'article constitutionnel l'hostilité des ultrafédéralistes. Un cercle étroit d'écologistes, de féministes et de protecteurs des animaux s'y oppose également. Salué par une majorité de la classe politique, le mérite de la nouvelle base constitutionnelle est de poser pour tout le pays trois principes. Primo, la protection de la dignité, de la santé et de la personnalité; secundo, la gratuité du don d'organe; tertio une répartition équitable des

organes, ce qui revient à exclure que des critères non médicaux interfèrent dans l'attribution des organes.

La question controversée du consentement pour le don d'organe sera réglée dans la future loi. Idem pour les xénotransplantations, soit les greffes d'organes animaux sur l'homme, dont l'interdiction provisoire en Suisse est proposée par un arrêté du Conseil fédéral que les Chambres discuteront prochainement.

Pour surmonter la pénurie d'organes, l'information au public reste délicate car les greffes touchent à des sujets tabous. Les témoignages que nous publions ci-dessous illustrent les questions profondes qui se posent au moment d'une greffe, tant pour le receveur d'un organe que pour l'équipe médicale.