Une trentaine de casseurs cagoulés ont attaqué samedi soir à Fribourg un bar où allait se dérouler un concert privé gothique. Il s'agit vraisemblablement d'un règlement de compte mené par des extrémistes de gauche, selon la police. Malgré la revendication dans la soirée de dimanche d'un groupe antifasciste, la police se refuse à glisser sur «le terrain de la lutte idéologique», a insisté Benoît Dumas, chef de l'information à la police cantonale. «Un délit a été commis et nous allons tout faire pour arrêter les coupables», a-t-il affirmé. La piste d'un règlement de comptes est privilégiée.

Les casseurs ont fait irruption samedi soir dans le bar Elvis et moi, à Fribourg. Armés de battes et de bâtons, ils ont brisé les vitrines du bar. Ils ont ensuite lancé une bombe lacrymogène et ont fracassé le mobilier. Aucun des treize invités déjà présents n'a été blessé. «C'était un commando, une opération coup-de-poing», a précisé encore Benoît Dumas.

Les policiers intervenus rapidement ont dû reculer devant la violence du groupe. Les agresseurs ont même attaqué les agents qui ont riposté. Ces derniers ont dû sortir les armes de service pour leur propre protection, sans toutefois en faire usage. Lors de l'altercation, un gendarme a été légèrement blessé à une main. Les casseurs ont réussi à prendre la fuite.

Une enquête a été ouverte pour émeute, dommages à la propriété, violation de domicile, trouble de l'ordre public et violences et menaces envers des fonctionnaires. Une trentaine d'agents de la police cantonale ont été mobilisés.

Soleil noir

Selon les premiers éléments de l'enquête, les agresseurs, qui s'exprimaient en suisse allemand, sont des militants d'extrême gauche issus de la scène punk. Dimanche soir, ils n'avaient pas encore été interpellés. Afin de recueillir le plus d'éléments utiles aux investigations, la police a diffusé les photos des objets et vêtements abandonnés par le groupe après l'agression.

Malgré la revendication d'un groupe antifasciste, la police penche pour le règlement de compte entre les agresseurs et certains membres de l'association qui organisait le concert. Elle écarte la thèse d'un affrontement idéologique extrême gauche et extrême droite.

La soirée privée était organisée par Soleil Noir, une «association fondamentalement apolitique dont le seul but et la seule activité sont l'organisation de concerts», indique-t-elle sur son site internet. Les adeptes de Soleil Noir se revendiquent «Suisses et Européens». Ils «vomissent la globalisation-standardisation planétaire, la grande soupe fade du multiculturalisme, l'américanisation comme la tiers-mondisation».

Selon Hans Stutz, interrogé par l'ATS, spécialiste de l'extrémisme de droite, Soleil Noir appartient à la branche de la scène gothique qui a assimilé des contenus d'extrême droite, en particulier du fascisme italien et de la Garde de fer roumaine.