histoire

Un héros grison exhumé pour une analyse ADN

En présence de l’évêque Vitus Huonder, les services archéologiques des Grisons ont rouvert la tombe de Jörg Jenatsch, chef de file des troupes grisonnes pendant la Guerre de Trente ans, assassiné en 1639 pendant une nuit de carnaval

Le canton des Grisons ne plaisante pas avec ses héros. Il a autorisé l’exhumation de Jörg Jenatsch (1596-1639), politicien et meneur des troupes grisonnes contre les Français pendant la Guerre de Trente ans. Assassiné une nuit de carnaval, il avait été enseveli le jour même dans la cathédrale de Coire.

Les services archéologiques aimeraient avoir la certitude qu’il s’agit bien de cette figure légendaire. Ils vont procéder à une analyse ADN à partir du sang sur les habits du cadavre. Ce profil ADN sera ensuite comparé à celui de descendants de la famille Jenatsch. La tombe a été ouverte jeudi en présence de l’évêque Vitus Huonder, indique un communiqué de presse du canton et de l’évéché.

Le crâne a aussi été extrait. Il sera transporté à l’hôpital cantonal à Coire pour y subir un scanner. L’image en trois dimensions devrait permettre une reconstitution du visage du mort. Les résultats de l’analyse ADN devraient être disponibles à la fin du mois d’avril. Une première exhumation avait déjà eu lieu en 1959.

Symbole de la lutte des Grisons pour leur liberté et leur indépendance, Jörg Jenatsch est une figure à la portée historique contestée. Venant d’une famille protestante de Haute-Engadine, pasteur de formation, il a échappé en 1620 de justesse aux massacres des protestants grisons dans la Valteline.

Il participa par la suite à diverses campagnes meurtrières contre les catholiques espagnols et les Autrichiens et prit part à la reconquête de la Valteline par les Français. Ce qui ne l’empêcha pas de participer à des pourparler secrets avec les Habsbourg. En 1635, il se convertit au catholicisme et prit la tête du soulèvement, qui, deux ans plus tard, bouta les Français hors des Grisons.

En 1639, il fut assassiné dans une auberge de Coire. L’enquête resta superficielle et les meutriers ne furent jamais inquiétés. Jenatsch fut longtemps considéré comme un personnage trouble, avant que l’écrivain Conrad Ferdinand Meyer n’en fasse un héros dans son roman «Jürg Jenatsch» de 1876 . La vénération grandit encore au début du XXème siècle, avant de retomber.

Ainsi que l’écrit le Dictionnaire historique de Suisse, les historiens à partir de 1960 voient en Jörg Jenatsch «un personnage typique du baroque par sa pensée et ses actes, un arriviste, ambitieux et passionné, que rien n’intimidait et généralement prêt à saisir toute opportunité. Cette vision historique est illustrée par le film de Daniel Schmid Jenatsch (1987).»

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