L’étincelle tant redoutée a fini par éclater. Mardi dans l’après-midi, à quelques kilomètres de Viège, dans la sécheresse ambiante qui réjouissait les plagistes, affolait les pompiers de ­piquet et déboussolait les météorologues depuis des semaines, un incendie a commencé de ronger une centaine d’hectares de forêt surplombant la bourgade haut-valaisanne, direction Brigue.

Le sinistre n’est pas le fait d’une grill-party sauvage. Le feu s’est d’abord déclaré dans une carrosserie en périphérie de Viège vers 16 h, pour des raisons toujours indéterminées. Il s’est ensuite propagé aux terres asséchées et, attisé par des vents d’ouest en est atteignant 30 km/h, a rapidement pris une ampleur considérable: «C’est monté comme un boulet de canon», selon un témoin sur place.

En fin de journée, alors que six hélicoptères d’Air-Glaciers et d’Air-Zermatt, épaulés pas 350 pompiers de Viège, de la Lonza et des villages avoisinants s’apprêtaient à accueillir en renfort trois Super-Puma, dont deux appareils de l’armée, pour déverser des hectolitres d’eau sur l’éperon en proie aux flammes, le porte-parole de la police cantonale valaisanne, Jean-Marie Bornet, estimait déjà à quelque 1000 mètres de haut pour 200 à 300 mètres de large le périmètre de l’incendie.

Vu la configuration des lieux, aucune évacuation n’a été nécessaire. Or, sur l’autre versant de la montagne, à un ressaut de l’immense colonne de fumée se ­mêlant aux cumulonimbus, les habitants du village de Visperterminen, à 1000 mètres d’altitude, étaient invités à se calfeutrer chez eux.

En plaine, à Viège, les autorités communales enjoignaient à la population la plus grande retenue dans l’utilisation de l’eau pour faciliter la lutte contre le feu.

Depuis des semaines, la sécheresse fait craindre le pire partout en Suisse. La plupart des cantons ont émis des mises en garde ou proclamé des interdictions de feux en forêt. Et les faibles précipitations tombées durant le week-end pascal n’ont pas suffi à lever les inquiétudes, comme le rappelle Meteonews. «Les quantités enregistrées dans la nuit de samedi à dimanche (1 millimètre à Neuchâtel, 2 à Genève et à Nyon, 3 à Lausanne) ne suffisent pas à compenser le déficit accumulé depuis le début de l’année», détaille le service de prévisions météorologiques. Valeur de référence, au lieu de 152 litres de pluie par mètre carré attendu à Lugano en avril, il n’a pas plus du tout.

En Valais, chez le citoyen-reporter dégainant son iPhone au bord de la route de déviation, chez le soldat du feu slalomant avec sa lance sur le terrain accidenté des hauts de Viège, chez le pilote faisant valser sa machine entre les prises d’eau et le ciel, ce grand brasier qui inaugure malgré lui la saison des incendies a immédiatement réveillé le spectre de Loèche. En 2003, à la mi-août, un incendie, criminel celui-là, avait ravagé près de 500 hectares de forêt au-dessus du village et détruit plus de 200 000 arbres.

Hier à la tombée de la nuit, les forces de l’ordre, escortées de quelques politiques parmi lesquels le président du gouvernement valaisan, Jean-Michel Cina, établissaient un premier bilan du sinistre. L’incendie était «plus ou moins contenu», selon Jean-Marie Bornet. Le vent s’était pratiquement couché.

Tandis que les hélicoptères cessaient leur ballet, de nombreux «petits foyers» encore actifs brillaient telles des lucioles au-dessus de Viège. Les hommes du feu, en veille durant la nuit, reprendront le combat contre le feu ce matin.