Est-ce un pas de plus dans la montée des tensions qui agitent les milieux kosovars et serbes en Suisse depuis un mois? De l'avis de tous, il est trop tôt pour l'affirmer mais il ne fait pas de doute qu'avec la guerre en toile de fond, l'incendie qui a ravagé une discothèque veveysanne fréquentée par des ex-Yougoslaves dans la nuit de jeudi à vendredi, suscite l'interrogation.

Vendredi matin, vers 3 h 05, une riveraine du quai Perdonnet entend un bruit d'explosion. Quelques minutes plus tard, un couple qui voulait se rendre dans la boîte de nuit «L'Insolite» sans savoir qu'elle était fermée constate que de la fumée s'échappe de la porte. L'alerte est donnée. Le feu a pris dans la discothèque puis s'est étendu à une pizzeria et à un dancing qui appartiennent au même propriétaire mais qui sont tenus par des gérants différents. Personne ne se trouvait dans la discothèque au moment des faits, l'établissement n'ouvrant, d'après le juge d'instruction de l'est vaudois chargé de l'enquête, Jean-Luc Reymond, qu'en fin de semaine.

Voilà pour les faits. Le reste n'est qu'hypothèse pour l'instant. D'après la police et le juge, l'incendie serait d'origine criminelle. Le feu se serait en effet propagé rapidement grâce à un produit accélérant qui aurait provoqué une déflagration. Il est également difficile de savoir qui fréquentait la discothèque, dont une femme serbe est la gérante. D'après la police, la clientèle était notamment composée d'ex-Yougoslaves, sans plus de précisions. Kosovars et Albanais s'y retrouvaient parfois mais, selon les témoignages recueillis dans un café voisin, la clientèle était d'origine essentiellement serbe. On y dit aussi que la discothèque devait être le théâtre de «quelques frictions». Pourtant, aucune affaire n'est arrivée aux oreilles de la police municipale, exceptées des bagarres «comme dans toutes les autres discothèques».

Quant au mobile de cet acte non revendiqué, il est encore inconnu. «La guerre au Kosovo attire bien sûr notre attention mais objectivement nous n'avons pas motif de privilégier cette piste plutôt qu'une autre», commente Jean-Luc Reymond. En dehors du palais de justice, on se demande d'ailleurs si un crime lié au conflit en ex-Yougoslavie avait vraiment des raisons d'être perpétré dans un lieu vide.

Les tensions entre les différentes communautés de l'ex-Yougoslavie sont pourtant réelles. A Genève, un Serbe avait été assassiné en marge d'une manifestation il y a quelques semaines. Même si tous s'accordent à dire qu'à Vevey la situation ne semble pas s'envenimer depuis le début de la guerre aux Balkans il y a un mois, des signes d'inimité apparaissent comme des tags insultants sur les murs de la ville ou des bagarres entre Serbes et Kosovars dans les bars. Mais rien de bien méchant. Toutefois, Yves Christen, syndic de Vevey, a décidé de ranimer la Commission des étrangers, chargée de prévenir les conflits interethniques: «Vevey n'a jamais connu de problèmes avec les étrangers. Mais j'ai rendu le parlement attentif au fait qu'il existe un risque que le conflit commence à se dérouler sur notre territoire.»