Mercredi sera jour de grève à l’hôpital cantonal vaudois. Les revendications avancées par le personnel et les syndicats se portent sur l’extension de la prime covid, l’augmentation des effectifs «afin de diminuer la surcharge, la pénibilité et la souffrance de très nombreux secteurs du personnel», ainsi que l’amélioration des classifications et l’augmentation des salaires. Le directeur général du CHUV, Philippe Eckert, rassure les patients pour lesquels un soin sera nécessaire durant l’interruption de travail: «Leur prise en charge sera garantie.» Il dit également «comprendre le besoin de certains collaborateurs de montrer leur lassitude». Et assure partager les mêmes préoccupations d’amélioration des conditions de travail.

Sur ce point, il développe. Alors que la crise du covid montre d’importants signes d’apaisement, la direction du CHUV juge le moment opportun pour tirer le bilan de la gestion de la pandémie et organise la reprise de ses activités. «Aujourd’hui, l’incidence est de 39 cas pour 100 000 habitants dans le canton, et cela fait deux semaines que nous sommes en dessous de 60 cas. Le fameux R dont on parle beaucoup est à 0,61 sur le territoire vaudois: les conditions épidémiologiques sont favorables», amorce-t-il. Le CHUV ne compte plus que 28 patients hospitalisés qui souffrent du covid, dont quatre aux soins intensifs. «Contre plus de 50 au pic le plus aigu», rappelle-t-il. Les visites sont de nouveau possibles sur l’ensemble des sites du CHUV par groupes de deux maximum, de 13h à 20h.

Un taux d’absentéisme qui traduit des équipes fatiguées

Le CHUV a accueilli plus de 2000 patients touchés par le virus et plus de 400 aux soins intensifs. Pour permettre une réorganisation, de nombreux collaborateurs ont dû être déplacés en interne. «Cette deuxième vague est derrière nous et l’on voit que nos équipes sont fatiguées. Ce furent quinze mois de travail intense. La fatigue se traduit par un absentéisme ciblé: dans le bloc opératoire, il monte à 8%, c’est un indicateur important. Durant plusieurs mois, ces gens sont allés travailler dans des secteurs qui n’étaient pas les leurs.» Pour l’instant, 11 salles d’opération, sur 13, ont pu rouvrir: la faute à un déficit de collaborateurs, dans un domaine très spécialisé où règne une pénurie. Pour le pallier, certains partenariats avec les blocs opératoires de cliniques privées, mis en place pendant la crise, sont maintenus. Un des axes d’amélioration, selon le professeur Eckert, est une meilleure planification des horaires de travail. Il annonce le lancement d’une enquête générale cet automne pour aller dans ce sens.

Son collègue Antonio Racciatti, directeur des ressources humaines, liste les mesures prises durant la crise pour préserver les collaborateurs. A l’entendre, les heures supplémentaires ont été maîtrisées. «Après la première vague, elles étaient en moyenne de 24,7 heures supplémentaires par personne», livre-t-il. «Le solde s’est réduit à 2 heures fin 2020. Il s’agit de moyennes, étalées sur l’ensemble du personnel, soit près de 10 000 employés. Mais nous n’avons jamais dépassé le plafond qui est de 60 heures supplémentaires.»

Durant la pandémie, 2200 personnes ont pu travailler à distance, et même au plus fort de la première vague, les collaborateurs ont toujours pu travailler «avec des outils adaptés», notamment les masques. Quatre cents soignants frontaliers ont aussi été logés gratuitement. Le nombre de places d’accueil des enfants a été augmenté. Quant à la question de la vaccination du personnel de santé, un groupe de travail se réunira dès le mois de juillet pour décider de directives communes à la Suisse romande. Vaccination obligatoire dans certains services ou maintien du port du masque pour les non-vaccinés, ces questions devront être tranchées.