«Un jour, la page Giroud sera tournée»

Valais Charles-Albert Fumeaux a pris les rênes des sociétés de Dominique Giroud

Ce dernier en reste propriétaire

La nouvelle société de Dominique Giroud, Château Constellation SA, anciennement Wine Universe SA, communiquait lundi matin sur «le début d’une histoire». La figure de proue de la société a changé avec l’arrivée de Charles-Albert Fumeaux, président et directeur général. Sur les murs de la cave sédunoise, le nom de l’ancien patron a été décroché. Mais Dominique Giroud en reste «l’actionnaire majoritaire», explique Charles-Albert Fumeaux. «Nous ne savons pas qui sont les autres propriétaires», ajoute-t-il avant, de préciser que «Dominique Giroud ne joue plus aucun rôle dans l’opérationnel de la société».

Très tendu pour cette première rencontre avec la presse, le nouveau directeur a tracé avec application sur un tableau blanc les mots «transparence», «humilité», «éthique»… Opération de communication pour tenter de sauver la société ou véritable nouveau départ? Les employés, cadres y compris, et les quelque 300 fournisseurs restent les mêmes. Le père de Dominique Giroud conserve ses fonctions comme responsable des 60 hectares de vigne qui appartiennent à la société. Les cadres présents, Claude Thiéry et Stéphane Puschmann, respectivement responsables des ventes en Suisse et à l’international, ne communiquent pas plus sur les chiffres que ne le faisait Dominique Giroud. Ils promettent de démarcher de nouveaux clients dans le monde entier sans préciser les budgets à disposition, ni les quantités destinées à l’export. «Nous ne savons pas, puisque nous démarrons une nouvelle société», disent-ils. Certains clients seraient restés fidèles, mais Claude Thiéry affirme ne pas connaître l’impact de l’affaire Giroud sur la clientèle suisse.

Le Temps: Comment avez-vous connu Dominique Giroud?

Charles-Albert Fumeaux: Par les relations commerciales que nous avons eues quand je dirigeais la cave Les Fils Maye SA à Riddes [jusqu’en décembre 2013, ndlr]. Comme d’autres caves valaisannes, nous lui achetions parfois du moût. Je n’ai pas de liens particuliers avec lui, j’avais simplement confiance en lui parce qu’il n’a jamais failli à un engagement.

– Etes-vous un fidèle de l’église d’Ecône?

– Non. Je suis un catholique pratiquant, mais pas un traditionaliste.

– Vous avez quitté Les Fils Maye quelques semaines après le début de l’affaire Giroud. Dans les milieux vinicoles, il se disait que votre départ était lié à l’affaire. Quatre mois plus tard, vous voilà directeur de Château Constellation. Est-ce une simple coïncidence?

– Mon départ de chez Fils Maye est lié à un désaccord avec le conseil d’administration concernant la gestion des affaires. D’autre part, j’étais surchargé de travail et n’avais plus de temps pour ma vie privée. J’ai donc fait le choix de partir. Quand ces rumeurs sur mon compte ont été lancées, j’ai appelé Dominique Giroud, qui m’a mis en contact avec ses avocats. A cette occasion, je lui ai demandé comment il survivait à tout ce battage médiatique. C’est à ce moment-là qu’il m’a dit qu’il se retirait du domaine du vin et qu’il pensait que si une personne pouvait reprendre son entreprise, c’était moi. J’y ai beaucoup réfléchi et j’ai été convaincu par la qualité des installations et de l’équipe en place. Un jour, on dira que la page Dominique Giroud est tournée…

– Cela veut-il dire qu’il a l’intention de vendre?

– C’est une possibilité envisageable. Nous sommes plusieurs dans la maison à avoir eu des contacts avec des gens qui seraient intéressés à acheter.

– Attend-il que l’image de la société se soit améliorée afin de vendre à un meilleur prix?

– Ce n’est pas son image qui fait la valeur de cette société mais ses terrains et son immobilier.

– Est-il empêché de vendre par des séquestres?

– Non, il n’y a pas de séquestre sur l’immobilier parce qu’il appartient au holding, Torcularia, géré par Peter Hess, ou à une autre société du groupe. Je ne sais pas exactement. Château Constellation est restée dans le groupe afin d’avoir les garanties financières nécessaires pour obtenir les crédits bancaires permettant d’acheter la vendange.

– Quel montant cela représente-t-il?

– Ça dépend de la vendange. Mais nous estimons que nous allons faire quelque 150 000 bouteilles, à quoi il faut ajouter les ventes en vrac pour la grande distribution.

– Entre le modèle économique de Giroud Vins et celui de Château Constellation, y a-t-il quelque chose de véritablement différent?

– Fondamentalement, le modèle est le même pour toutes les grandes caves. Ce que nous avons apporté de nouveau pour l’instant, c’est de faire la mise en bouteille ici. Eviter les transports, c’est une garantie pour la qualité du vin et pour sa traçabilité.

– Que faites-vous des bouteilles étiquetées Giroud Vins?

– C’est la société Giroud Vins qui s’en occupe. Nous avons conservé dans notre catalogue les deux vins mousseux de Giroud Vins et un vin doux parce qu’ils ont été mis en bouteille en décembre et qu’ils sont très demandés à la cave. Mais nous le faisons au même titre que quand nous proposons les vins d’une autre cave. Une cliente à Zurich souhaite acquérir tout le stock de fendant étiqueté Giroud Vins. Sinon, je crois qu’il ne reste pas grand-chose. Une fois les derniers contrats honorés, Giroud Vins va cesser complètement ses activités.

– Que vont devenir les autres caves et les magasins de Dominique Giroud?

– Les caves vont dépendre de Château Constellation. Les magasins font partie de l’immobilier et restent pour l’instant aux mains de Dominique Giroud.

– Vous aviez été nommé à la Commission qualité de l’Interprofession de la vigne et du vin (IVV) mais les affaires de coupage de vin chez Giroud Vins vous ont contraint à y renoncer. Etes-vous encore crédible?

– Ce ne sont pas les médias qui font la crédibilité d’une personne. J’ai toujours collaboré avec les grandes caves de ce canton et si j’ai accepté ce défi aujourd’hui, c’est justement parce que j’étais crédible. D’autre part, je n’ai pas dû quitter la commission, j’y ai renoncé volontairement quand j’ai vu les amalgames qui étaient faits dans les médias.