Le journaliste Ludovic Rocchi est acquitté sur toute la ligne après ses articles sur l’affaire de plagiat à l’Université de Neuchâtel en 2013. Il ne s’est rendu coupable ni de calomnie ni de diffamation, a jugé lundi le Tribunal régional de La Chaux-de-Fonds.

Le procureur Nicolas Aubert avait requis une peine de 45 jours-amendes à 140 francs avec deux ans de sursis. Quant à Michel Bise, avocat du professeur qui avait déposé plainte, il demandait une condamnation sans préciser la quotité de la peine.

Il réclamait aussi une indemnité pour tort moral pour le professeur, qui a finalement donné son congé après avoir été en incapacité de travail. L’avocat compte examiner les considérants du jugement avant de décider de faire appel ou non, a-t-il dit.

Ludovic Rocchi était accusé d’avoir porté atteinte à l’honneur du professeur de la faculté des sciences économiques dans trois articles publiés dans «Le Matin». Il avait écrit que cet homme était l’auteur d’un plagiat dans un livre vendu aux étudiants, et il évoquait aussi des soupçons de plagiat concernant un autre ouvrage.

Preuve de la vérité

La prévention de calomnie a été assez rapidement écartée, a indiqué la juge Muriel Barrelet. Rien ne permet d’établir que le journaliste aurait cherché à nuire en publiant des accusations qu’il savait mal fondées ou fausses.

Restait à examiner l’affaire sous l’angle de la diffamation. La juge a estimé que le journaliste avait pu apporter la preuve de la vérité pour la plupart des faits décrits. Trois différents experts ont constaté qu’il y a bel et bien eu plagiat, même s’il y avait des nuances importantes entre leurs rapports. Ainsi, l’enquête administrative a conclu à un plagiat partiel par négligence.

Quant au titre «Hallucinant plagiat», il s’agit d’un commentaire et l’utilisation de cet adjectif n’est pas choquante, a précisé la juge. Car constater un plagiat à l’Université pouvait effectivement être considéré comme frappant.

CV: de bonne foi

Par contre, il n’y a pas de stricte preuve de vérité pour l’allégation selon laquelle le professeur aurait enrichi son CV en s’inventant trois fonctions au Canada. Le plaignant a en tout cas collaboré dans les organismes et congrès qu’il mentionnait.

Mais le journaliste, notamment sur la base d’un témoin qu’il a interrogé, pouvait croire de bonne foi que le professeur avait été imprécis dans son CV. On ne pouvait pas attendre de lui qu’il mène une vaste enquête auprès de divers professeurs au Canada comme ce pourrait être le cas dans une enquête judiciaire, selon la juge. Le Tribunal lui-même a renoncé à entamer de telles recherches.

L’organisation professionnelle de journalistes impressum a exprimé par communiqué sa satisfaction après le verdict. «Cette affaire, indigne de notre démocratie, trouve l’épilogue qu’elle mérite.» impressum s’était offusquée quand le Ministère public avait effectué une perquisition (déclarée illégale par la suite) au domicile du prévenu. L’organisation avait dénoncé une violation de la protection des sources des journalistes et de la liberté de la presse.