Les militaires appellent cela un dommage collatéral. Le chaos administratif qui sévissait au Service des ponts et chaussées (SPC) du canton de Fribourg, mis en évidence par l'audit effectué par l'Inspection cantonale des finances après la débâcle de la H189 -la route de contournement de Bulle (dépassement de budget de 78,5 millions de francs) -, semble avoir fait une nouvelle victime. A la tête d'une petite agence de publicité, Narcisse Niclass s'occupe depuis 1996 de la communication du pont de la Poya, l'autre grand projet géré par le SPC. Dans ce cadre, il affirme que l'Etat lui doit un montant avoisinant 40000 francs, pour des travaux décidés dès l'an 2000 (conception et réalisation de trois panneaux présentant le futur chantier).

Le hic, c'est que la Direction de l'aménagement, de l'environnement et des constructions (DAEC), à laquelle est rattaché le SPC, conteste les factures ouvertes présentées par le publicitaire. «J'admets qu'il existe un litige. Jusqu'à présent, je n'ai pas de preuve que nous devons réellement cet argent à Narcisse Niclass», relève le conseiller d'Etat Georges Godel, patron de la DAEC.

Quarante mille francs, par rapport aux dizaines de millions supplémentaires engloutis dans la H189, ça peut paraître une somme dérisoire. Mais le principal intéressé, évidemment, n'est pas du même avis. Son problème: il ne dispose d'aucun contrat en bonne et due forme signé par le SPC.

A la bonne franquette...

L'ancien chef de projet, mis sur la touche après l'éclatement du scandale de la H189, gérait apparemment ses affaires à la bonne franquette. Ses mandataires ne disposaient pas tous d'accords écrits et paraphés. Il semblerait ainsi que même le bureau d'ingénieurs qui a gagné le concours a par la suite travaillé à l'élaboration du pont sans contrat formel. André Magnin, le nouvel ingénieur cantonal - qui a récemment réorganisé le SPC - ne fait aucun commentaire à ce propos: «C'est possible, mais je n'ai aucune information à ce sujet. Je sais que ce genre de pratiques, à éviter, a parfois cours. Il faudra attendre le résultat de l'actuel audit sur le pont de la Poya pour se prononcer», note-t-il. Et de promettre qu'un contrat écrit sera signé pour les travaux proprement dits.

Pour appuyer ses revendications, Narcisse Niclass présente un décompte figurant sur une note interne du SPC datée de juillet 2000. Fait troublant, cet acte semble avoir été établi par une autre agence de communication s'occupant de la H189. «Il y avait un grand désordre au sein du service», résume-t-il.

La DAEC pourrait toutefois finalement le payer. Pascal Aeby, le conseiller économique de la Direction, a en effet été chargé par Georges Godel de passer au crible le dossier. «Pour l'instant, je n'arrive pas à cerner le bien-fondé de la requête de Narcisse Niclass. Mais si j'arrive in fine à une conclusion différente, il recevra le montant qui lui est dû», indique-t-il.

Ce qui sûr, en revanche, c'est que le SPC se passera dorénavant du service du publicitaire, lui reprochant une gestion de ses affaires aussi nébuleuse que celle qu'il dénonce. «Nous ne travaillerons plus avec lui», affirme Georges Godel. Cela pose d'ailleurs certains problèmes pratiques. Narcisse Niclass détient par exemple les droits du site Internet du pont de la Poya, dont il assurait la gestion. La DAEC va donc devoir mettre en ligne un nouveau site, avec un nouveau nom de domaine.