Le métro est mort, vive le métro! Deux semaines après que le Conseil d'Etat a réanimé le projet d'une nouvelle liaison entre le Haut et le Bas du canton via Cernier, dans le Val-de-Ruz (LT du 13.11.2004), un lobby citoyen a présenté son propre projet jeudi. Pour ses douze membres, parmi lesquels on trouve l'ancien conseiller d'Etat André Brandt, le conseiller communal du Locle Charles Häsler et le secrétaire général de l'Assemblée interjurassienne Michel de Perrot, il s'agit de «rattraper le retard important du canton» en matière de desserte ferroviaire.

Le mouvement LiEN (pour «Liaison express neuchâteloise») milite pour la liaison la plus rapide possible. Il propose de reprendre le tracé du métro – abandonné à son grand désappointement en janvier 2003 – avec un tunnel rectiligne de 14,8 kilomètres reliant «au sec» Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. «Nous projetons d'utiliser des trains conventionnels, raconte l'ingénieur neuchâtelois Pierre Roelli. Selon des calculs réalisés sur un logiciel de l'EPFL, le temps de parcours serait de 8 à 10 minutes avec une motrice puissante.» Une fourchette qui comprend un arrêt souterrain à Cernier permettant aux convois de se croiser.

Le mythe de la crémaillère

Reste le problème de la pente. Faut-il une crémaillère pour relier Neuchâtel (480 mètres d'altitude) et La Chaux-de-Fonds (998 m) en ligne droite? «Il faut tuer ce mythe, reprend Pierre Roelli. En faisant une voie qui monte de manière constante, sans remonter à la surface au Val-de-Ruz, on obtient une pente de 35 pour mille. A titre de comparaison, le Südostbahn avale des pentes de 50 à 70 pour mille.»

Selon plusieurs expertises concordantes, le projet LiEN reviendrait à 430 millions de francs. Un montant supérieur au projet de métro abandonné par les autorités politiques en raison, justement, d'un coût trop élevé (400 millions). Sans une aide conséquente de la Confédération – par le biais de Rail 2000 deuxième étape ou dans le cadre des transports d'agglomération –, ce paramètre pourrait à nouveau constituer un handicap insurmontable.

L'emplâtre de Corcelles

Les membres du lobby veulent toutefois y croire, d'autant que les deux variantes proposées par le Conseil d'Etat sont soumises aux mêmes contraintes financières. L'option «Corcelles», qui «se contente» d'utiliser l'infrastructure actuelle et de supprimer le rebroussement de Chambrelien est certes moins chère (410 millions, injectables en deux étapes). Mais pour les membres de LiEN, elle est beaucoup trop onéreuse par rapport à ce qu'elle apporte.

«Cet emplâtre sur une jambe de bois» ferait passer le temps de parcours entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds de 31 à 23 minutes. «Nettement insuffisant pour rendre la ligne attractive», considère l'avocat chaux-de-fonnier Pierre Bauer, qui rappelle que la ligne est passée – tunnel autoroutier oblige – de 4000 utilisateurs par jour en 1991 à seulement 2700 en 2003.

S'ils jugent leur propre projet «meilleur et moins cher», les membres de LiEN soutiennent en revanche la variante «Cernier». Devisée à 550 millions pour un temps de parcours de 17 minutes, elle reprend en effet largement le parcours du métro. Seul bémol: le «mélange des genres» du concept «train-tram», qui allonge le temps de parcours.

La manoeuvre de Cernier

Fort de ce constat, le LiEN tentera de faire pencher la balance en faveur de la variante «Cernier» lors du débat parlementaire prévu en février prochain. Dans un deuxième temps, il tentera de sensibiliser le monde politique aux qualités de son projet. Chef de l'Office des transports, Nicolas Grandjean apprécie une initiative qui «alimente le débat» dans un dossier crucial pour l'avenir du canton: «C'est très positif. Mais il est important que l'on travaille ensemble, sans se tirer dans les pattes.»