Spaniolo marie sa fille ce samedi. L’homme qu’elle fréquente depuis quelque temps est venu lui demander sa main il y a environ deux semaines. «J’ai demandé à ma fille si elle était d’accord, elle m’a dit qu’ils s’aimaient.» Les amoureux sont cousins éloignés et encore mineurs, la promise aurait 15 ans, selon un membre de sa famille. Un sujet qui pourrait encore envenimer les incompréhensions avec les gens du coin (lire ci-dessous)?

Le jeune homme travaille depuis plusieurs années et possède déjà une caravane, une condition nécessaire pour prétendre au mariage. «C’est sa mère qui conduit tant qu’il n’a pas son permis», explique Spaniolo.

Rapidement, les préparatifs commencent. Il faut d’abord trouver un terrain convenable: «Villeneuve, c’est trop petit. Martigny aussi, et il y a trop de vent», explique-t-il. «Avec cette chaleur, nous ne pouvons pas laisser les enfants jouer sur le goudron», ajoute une femme. «On s’est installé dans le pré où le paysan avait déjà fauché pour ne pas abîmer sa récolte», dit un ancien. «C’est vrai, nous posons les caravanes avant de demander la permission, parce qu’on nous répond toujours non», reconnaît-il.

«Nous nous marions à l’endroit où nous nous trouvons au moment où cela se présente», explique une femme du groupe âgée d’une cinquantaine d’années. A Collombey-Muraz, ils ont planté des drapeaux suisses au sommet du chapiteau qui abritera la cérémonie. «Parce que nous sommes en Suisse et que nous y venons depuis près de 40 ans, que nous avons des amis ici», raconte-t-elle. «Les gens qui passent sont les bienvenus», poursuit-elle. Autour du café, un homme affirme que le commandant de la police cantonale, venu les voir le matin même, a promis d’assister à la cérémonie. [ndlr. A parution de cet article, la police cantonale valaisanne a communiqué au «Temps» la mise au point suivante: «la Police cantonale dément avec fermeté cette information. Le Commandant n’a pas été en contact avec eux. Il est évident qu’aucun agent de la Police cantonale ne souhaiterait assister à une cérémonie organisée par des individus ayant eu des comportements délictueux.»] Le propriétaire du terrain a également été invité à la noce mais ne s’y rendra pas (lire ci-dessous).

Samedi matin, la mariée ira en limousine jusque chez le coiffeur. Elle portera la robe blanche, «elle est assez jeune pour cela», explique son père. «Chez nous, c’est très gênant pour une femme de plus de 25 ans de se marier en blanc.» Le jour même, deux autres jeunes amoureux ont passé devant le «tribunal» de la communauté. «Ils se sont enfuis ensemble quelques jours et n’avaient pas annoncé leur relation aux familles. Ils n’osaient pas parce qu’ils sont un peu âgés pour se marier.» La promise portera alors du rose ou du bleu.

La cérémonie évangéliste durera une trentaine de minutes avant que la fête commence. «La journée, payée par le père du garçon, coûte environ 30 000 francs», explique le père de la mariée.

«Un mariage au sein du clan est une grande joie», décode Pierrette Roulet-Grin, médiatrice pour les questions gitanes dans le canton de Vaud. «L’autorité patriarcale est toujours moins évidente et certains jeunes se marient hors communauté, ce qui cause beaucoup de peine à leurs parents», explique-t-elle. «Les modes changent», témoigne en souriant une Gitane aux cheveux gris.

Ils ont planté des drapeaux suisses au sommet du chapiteau qui abritera la cérémonie