Pour faire aboutir leur cause, les défenseurs de Paul Grossrieder sont prêts à tous les battages, quitte à déstabiliser le système judiciaire. Leur vacarme a un mérite: celui de poser une nouvelle fois la question, fondamentale et délicate, du partage du pouvoir dans un canton multiculturel aux fortes sensibilités régionales.

L'exercice ne peut être que bénéfique, Fribourg souffrant encore des séquelles de la puissante domination du parti démocrate-chrétien jusqu'au milieu des années 60. La lente progression des radicaux et de la gauche aux postes clés n'a pas conduit à une vraie refonte des institutions ni à l'abandon de certains comportements autocratiques.

Le partage des compétences entre pouvoir exécutif, législatif et judiciaire est souvent tacite et déséquilibré. Fribourg ne dispose, par exemple, que depuis à peine trois mois d'une procédure pénale moderne, plus transparente et plus équitable.

Le gouvernement joue à fond la carte de la concertation mais détient en réalité un fort pouvoir pour dicter le rythme et l'ampleur de l'action politique. Le parlement apparaît au contraire démuni. Il ne dispose pas, faute de commissions permanentes ad hoc, des moyens d'assumer son rôle de contrôle de la gestion de l'Etat. Rien n'a par ailleurs été conçu pour en faire un organe de réflexion sur les institutions politiques plutôt qu'une Chambre d'enregistrement critique. Lorsque l'affaire Grossrieder aura été jugée, il sera temps d'améliorer les mécanismes d'exercice et de contrôle des trois pouvoirs.

W.B.