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L’étude précise que dans la majorité des cas, l’abandon d’une carrière est définitif. (sheeler/123RF)

SANTÉ

Un médecin sur dix jette l’éponge

Selon une étude du Büro Vatter et de l’Institut gfs.bern, 80 médecins cessent prématurément d’exercer leur activité chaque année en Suisse. Les conditions de travail sont mises en cause

Chaque année, la Suisse forme 800 médecins. Elle en perd aussi 80. Préoccupantes? Les conclusions d’une étude commandée par l’Association suisse des médecins-assistants et des chefs de clinique (ASMAC) et la Fédération des médecins suisses (FMH) démontrent qu’un praticien sur dix abandonne son activité avant d’avoir atteint l’âge de la retraite. Un taux qui grimpe à 12,7% en moyenne chez les femmes.

Parmi les raisons évoquées figurent dans l’ordre: le taux d’activité, les horaires, la difficulté à concilier vie professionnelle et vie privée ou encore le niveau d’exigence du travail. Dans un contexte de pénurie croissante, les associations de professionnels plaident pour une adaptation du modèle médical, encore trop rigide et hiérarchisé, afin de freiner les départs prématurés.

Les chercheurs du Büro Vatter et de l’Institut gfs.bern ont examiné un échantillon de 3333 médecins diplômés entre 1980 et 2009, et réalisé 1141 interviews entre février et avril dernier.

«Chaque abandon est un abandon de trop, réagit Nico Van der Heiden, directeur adjoint de l’ASMAC. Un professionnel sur dix: c’est moins que les chiffres articulés par une étude de l’Office fédéral de la santé publique en 2005, mais la proportion reste inquiétante. En particulier chez les femmes, étant donné que la branche se féminise depuis une vingtaine d’années. Sans surprise, la surcharge de travail, les horaires irréguliers et l’augmentation des tâches administratives sont en cause. Travailler 56 heures par semaine et s’occuper d’une famille, ce n’est pas tenable sur le long terme.»

Quelle reconversion?

Que deviennent les médecins qui n’exercent plus au chevet des patients? Un quart d’entre eux continue à travailler à l’hôpital, dans l’administration par exemple. Le reste se répartit entre le domaine scientifique et la recherche (18%), l’enseignement (17%), la promotion de la santé et la prévention (17%), l’administration publique (13%) ou encore l’industrie pharmaceutique (13%). En matière de reconversion professionnelle, les hommes s’en tirent mieux. La majorité d’entre eux occupe des postes pour lesquels leur qualification médicale est utile voire indispensable, tandis que les femmes sont plus nombreuses à ne plus exercer d’activité lucrative.

C’est pourquoi il faut agir en particulier sur les médecins en service, estime Christoph Bosshard, vice-président de la FMH. En leur offrant des conditions de travail adaptées au mode de vie actuel. C’est là que réside le plus grand potentiel.

Dans la majorité des cas, l’abandon d’une carrière est définitif, précise encore l’étude dévoilée à la presse mercredi. «C’est pourquoi il faut agir en particulier sur les médecins en service, estime Christoph Bosshard, vice-président de la FMH. En leur offrant des conditions de travail adaptées au mode de vie actuel. C’est là que réside le plus grand potentiel.» Comment préserver les actifs et motiver la future génération?

«En développant les horaires aménagés ou les temps partiels, encore très peu répandus au sein des hôpitaux, et l’offre en crèche», précise le chirurgien orthopédiste qui a lui-même quitté l’activité curative il y a huit ans pour un poste de responsable au sein de l’assurance-accident SUVA afin de se consacrer à sa famille. Autre grief: les tâches administratives. «Il faut absolument les réduire. Le praticien doit être là pour le patient, pas pour le papier.» Des «aménagements impératifs pour permettre aux femmes de mener leur double carrière de front», appuie la Conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD).

Conflit de générations

«Le modèle du médecin disponible à toute heure du jour et de la nuit pour ses patients a vécu, lâche Bertrand Buchs, député PDC au Grand Conseil genevois et par ailleurs médecin. Les jeunes ne veulent plus sacrifier leur vie privée pour un emploi sacerdoce qui ne rapporte plus autant qu’avant.» Lorsqu’il partira à la retraite, le rhumatologue indépendant de 57 ans sait que personne ne sera là pour reprendre son cabinet. Actuellement, près de 30% des médecins sont âgés de plus de 60 ans. «Des régions entières sont menacées de devenir des déserts médicaux, il serait temps de créer un concordat latin pour répartir les professionnels en fonction des besoins.»

Lire aussi: Manne fédérale pour la formation des médecins

La pénurie de médecins inquiète la Confédération qui s’apprête à investir 100 millions de francs dans la formation entre 2017 et 2020 afin de porter le nombre de master à 1300 d’ici à 2025, contre environ 900 aujourd’hui. Ceci afin d’éviter, notamment, de recourir à la main-d’œuvre étrangère. Mais à quoi bon, si les médecins formés finissent par jeter l’éponge?

Jérémy Glasner, étudiant en 5e année de médecine et vice-président à la formation de l’Association suisse des étudiants en médecine (swimsa), veut rester optimiste. «Le chemin est encore long, mais certains hôpitaux ont déjà amorcé un changement de mentalité en encourageant les 80% par exemple. Quant aux heures supplémentaires, l’essentiel est qu’elles soient compensées en congé ou en salaire. Et puis, tout comme dans d’autres professions, les reconversions existent et les destins changent sans que cela soit forcément négatif.»

Lire aussi: Formation en médecine: la relève s’inquiète

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