D’ici à quelques semaines, et pour une durée limitée, le médicament Champix, utilisé dans le sevrage tabagique, pourrait être pris en charge dans le cadre de l’assurance maladie obligatoire. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a informé par courrier l’entreprise pharmaceutique Pfizer, producteur de Champix, de cette décision, révèle le quotidien dominical NZZ am Sonntag. L’OFSP se refuse toutefois à confirmer cette information, «une procédure étant en cours». Ce remboursement ne concernerait toutefois que les patients qui fument au moins vingt cigarettes par jour.

La décision de l’OFSP trouve son origine dans un jugement du Tribunal fédéral (TF). Cet arrêt du 11 juillet 2011, infirmant une décision du Tribunal administratif fédéral et de l’OFSP, oblige ce dernier à inscrire Champix dans la liste des spécialités remboursées par l’assurance de base (LS). Le TF a notamment motivé sa décision par le fait que, dans certains cas, la dépendance à la nicotine peut être considérée comme une maladie, et non pas seulement comme une conséquence d’un mode de vie personnel.

Pour l’heure, et avant une inscription du médicament dans la fameuse liste des spécialités, le remboursement de Champix ne se fera que de manière provisoire. L’OFSP doit en effet clarifier la question de savoir à quel moment la dépendance à la nicotine peut être considérée comme une maladie. Il se basera pour ce faire sur les recommandations de la Commission fédérale des prestations générales et des principes, composée notamment de médecins, de pharmaciens, de juristes et d’éthiciens. Selon les premiers éléments de discussion, les experts sont d’avis de ne rendre le médicament remboursable que pour les patients fumant au moins un paquet de cigarettes par jour et accompagnés par un médecin.

Caisses mécontentes mais résignées

Du côté des assureurs, on prend acte de la décision de l’OFSP avec un mouvement de mauvaise humeur. Interrogée par Le Temps, Silvia Schütz, porte-parole de la faîtière des caisses Santésuisse, reconnaît que «le Tribunal fédéral a désavoué l’OFSP et les assureurs. Ce sont les règles du jeu et nous les acceptons. Les assureurs remboursent les médicaments pour lutter contre la dépendance à l’alcool ou aux drogues comme l’héroïne, car les conséquences de ces addictions sont très lourdes en termes de santé publique. Mais on peut se demander s’il revient à la collectivité de payer les médicaments pour arrêter de fumer.»

Une polémique pourrait toutefois voir le jour du fait que, en France, le médicament Champix, suspecté de provoquer des symptômes neuropsychiatriques sévères chez certains patients, n’est plus remboursé par la Sécu. En Suisse, «la prescription de Champix, comprimés pelliculés, doit avoir lieu uniquement dans le cadre d’un concept thérapeutique global comprenant un diagnostic complet de pathologies psychiatriques préexistantes ou concomitantes et des mesures de motivation et de soutien au sevrage tabagique», écrit quant à lui l’Institut suisse des produits thérapeutiques Swissmedic.