La tristesse et l'émotion domineront samedi dans la vallée de Chamonix. Voici deux ans déjà que, le 24 mars 1999, 39 personnes ont péri dans l'incendie du tunnel du Mont-Blanc. Plusieurs familles des victimes participeront à 11 heures à une cérémonie en l'église de Chamonix, avant de se recueillir à l'entrée du tunnel fermé depuis la catastrophe. Par ailleurs hier, plusieurs associations environnementales manifestaient devant le Ministère français des transports pour s'opposer au retour des camions dans la vallée.

Cet anniversaire intervient alors que les experts judiciaires ont remis la semaine dernière au Parquet de Bonneville un rapport de 1000 pages qui met en lumière les circonstances de l'incendie. Ce serait bien un mégot jeté par une fenêtre et aspiré par le filtre à air du camion qui serait la cause immédiate de l'embrasement du poids lourd conduit par un chauffeur belge.

Toutefois, cet incident n'explique pas à lui seul l'ampleur du drame. Le rapport dresse un réquisitoire accablant des négligences et défaillances qui ont abouti à la mort de 39 personnes. Les feux rouges situés tout au long des six kilomètres séparant les véhicules du lieu du sinistre n'ont été actionnés qu'à 11 h 04, alors que ceux à l'extérieur du tunnel, interdisant l'entrée des véhicules, fonctionnaient déjà à 10 h 55. Si les feux à l'intérieur avaient été allumés plus tôt, les deux véhicules qui se trouvaient derrière le camion qui a pris feu «se seraient arrêtés à un kilomètre», donc il n'y aurait pas eu cet embrasement et «il est probable qu'on n'aurait eu aucune victime», écrivent les experts. Huit véhicules auraient ainsi freiné 3,5 km avant, d'autres à 4,7 km et les derniers à près de 6 km. Les experts mettent également en cause l'inadaptation du système de ventilation, les retards des secours côté italien et les insuffisances de la détection d'incendie.

Pour l'instant cinq personnes sont mises en examen pour «homicides involontaires aggravés». Il s'agit du chauffeur belge, du régulateur français présent lors de la catastrophe, du directeur de la société Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc (ATMB), du directeur chargé de veiller à la sécurité du tunnel, ainsi que la Société de gestion du tunnel du Mont-Blanc (SGTMB) en tant que personne morale. Les avocats des sociétés d'autoroutes ont violemment contesté le rapport d'expertise.

Le tunnel franco-italien devrait rouvrir à la fin du mois de septembre, avec les camions.