«Il n’y a pas de solution miracle», a assuré le président de la Confédération Guy Parmelin, même quand elle se résume sur le papier à un bel acronyme comme TTIQ (tests, traçage, isolement et quarantaine). Ce mercredi 27 janvier, le Conseil fédéral a affiné sa stratégie en la matière: il investit un milliard de francs pour étendre les tests notamment aux personnes asymptomatiques, assouplit les quarantaines et prend des mesures plus strictes envers les voyageurs venant de l’étranger.

Dans l’ensemble, le Conseil fédéral reste fidèle à sa stratégie du «semi-confinement light». Sur le front épidémiologique, la situation se détend certes lentement. «Mais le nombre de cas dus au variant britannique continue à doubler chaque semaine», a averti le ministre de la Santé Alain Berset.


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«Une excellente nouvelle»

C’est nouveau: la Confédération prendra en charge le coût du dépistage des personnes asymptomatiques, dont on estime qu’elles forment plus de la moitié des infections. En décembre dernier, elle avait déjà autorisé ce dépistage rapide dans le cadre de plans de protection, par exemple dans les EMS, les hôtels ou dans les entreprises. Appliquée dans les stations touristiques de Wengen (BE) et Saint-Moritz (GR), cette stratégie a donné de bons résultats dans la mesure où elle a rapidement permis d’éteindre des foyers de contagion. Désormais, c’est donc la Confédération qui paie la facture, qui pourrait se monter à un milliard de francs. Mais c’est de l’argent bien investi s’il permet d’éviter des quarantaines très coûteuses pour l’économie.

«C’est une excellente nouvelle. Plus on testera, plus on aura de chances de contenir le virus», se réjouit Didier Trono, responsable de la plateforme «testing» de la task force scientifique. Actuellement, la Suisse effectue chaque jour un peu plus de 20 000 tests (antigéniques et PCR). Grâce aux tests rapides proposés aux personnes asymptomatiques, elle pourra sensiblement monter en puissance. Dans quelle mesure? «Tout dépendra des plans présentés par les cantons à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), mais on pourrait grimper à plusieurs centaines de milliers de tests par jour», relève encore Didier Trono.

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Non aux propositions des partis

A la demande des cantons, le Conseil fédéral a aussi assoupli les conditions de quarantaine, dont la durée était fixée à dix jours jusqu’à présent. Il la réduit à sept jours, pour autant que la personne concernée se soumette à un test PCR ou antigénique se révélant négatif.

Pour ce qui est des mesures prises aux frontières, le gouvernement balaie d’un revers de manche les propositions que lui avaient faites six présidents de parti, de la socialiste Mattea Meyer à l’UDC Marco Chiesa en passant par l’auteur de cette initiative, le Vert’libéral Jürg Grossen. Le week-end dernier, ils avaient signé une lettre ouverte au Conseil fédéral en lui enjoignant de soumettre toutes les personnes entrant en Suisse à un test, y compris les 340 000 frontaliers indispensables à l’économie helvétique.

Le Conseil fédéral n’est pas entré en matière. «Cela aurait été le chaos organisé», a raillé Alain Berset. Cette lettre des chefs de parti a même surpris l’ancien président du PS Christian Levrat, aujourd’hui président du syndicat des douaniers Garanto. «Une mesure impraticable, qui crédite par ailleurs la fausse idée que le virus vient de l’étranger, estime le Fribourgeois. C’était peut-être le cas en janvier 2020, mais ça ne l’est plus maintenant.»

Mesures plus réalistes

Le Conseil fédéral a préféré des mesures plus réalistes. Dès le 8 février prochain, il exigera de toute personne entrant en Suisse par avion, bus, train ou bateau un test négatif effectué au maximum trois jours avant le passage de la frontière. S’il provient d’un pays ou d’une zone à risque élevé, ce voyageur devra se mettre en quarantaine, laquelle pourra être levée au bout de sept jours en cas de test négatif.

Par «risque élevé», il faut entendre un seuil de 60 nouvelles infections de plus que la Suisse pour 100 000 habitants, la présence importante de variants du virus ou un manque de donnée dans la zone concernée. A l’heure actuelle, une vingtaine de pays figurent sur cette longue liste dont l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Espagne, les Etats-Unis, Israël, le Portugal, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède ou encore la République tchèque.

Le Conseil fédéral a prévu des exceptions, notamment pour les frontaliers qui ne seront donc pas touchés par ces diverses exigences. De manière générale, les conducteurs de voiture seront moins impactés par ces nouvelles mesures. Même s’ils viennent de pays à risque, ils ne s’exposeront qu’à des «contrôles aléatoires» à la frontière. Des contrôles qui font sourire certains douaniers qui les jugent «impraticables, puisqu’il suffira aux automobilistes revenant d’Espagne de prétendre qu’ils sont allés faire des emplettes à Annemasse». Cette objection n’a pas plu du tout au directeur général des douanes Christian Bock, qui a promis que «ces contrôles sanitaires auront lieu».

Collaboration: Fabien Goubet