blanchiment

Un milliardaire kazakh sous enquête pénale en Suisse

Le gendre du président Nazarbaïev est soupçonné d’avoir blanchi quelque 600 millions de dollars

Le communiqué de presse annonçant l’ouverture d’une enquête pénale fédérale contre le milliardaire kazakh Timur Kulibayev, gendre du président Nursoultan Nazarbaïev, a été envoyé à 3000 exemplaires de par le monde. C’est dire si les dénonciateurs, des citoyens-opposants politiques représentés par l’avocat genevois Bruno de Preux, souhaitent un retentissement maximum autour de cette vaste affaire de blanchiment d’argent. Les soupçons portent sur quelque 600 millions de dollars.

Silence fédéral

Le Ministère public de la Confédération ne tenait visiblement pas offrir une telle publicité à la procédure ouverte discrètement en septembre dernier et menée par les procureurs Patrick Lamon et Juliette Noto. «Le MPC n’entend pas confirmer, ni commenter ces informations», répète en boucle sa porte-parole Jeannette Balmer.

Me Bruno de Preux se montre plus bavard. «Je représente six citoyens, opposés au régime dictatorial du président Nazarbaïev, qui veulent rester anonymes car ils résident toujours au Kazakhstan et craignent des représailles. Ceux-ci ont déposé une dénonciation pénale au printemps dernier après avoir constitué un volumineux dossier démontrant que des fonds, détournés entre 2000 et 2005 au préjudice de l’Etat par Timur Kulibayev et son associé Arvind Tiku, ont été blanchis en Suisse et ont notamment servi à l’acquisition de biens immobiliers».

Les biens immobiliers de Timur Kulibayev- qui a présidé à l’époque des faits dénoncés la société étatique KazTransOil, laquelle contrôlait la totalité de l’infrastructure nationale de transport de produits pétroliers et de gaz- sont nombreux et ont déjà défrayé la chronique. Il y a la «Villa Romana» de Lugano, les immeubles de Mayfair à Londres, la maison de Sunninghill Park, baptisée «South York», du prince Andrew. Plus proche encore, la désormais célèbre villa d’Anières, dans la campagne genevoise, où réside Dinara, son épouse et fille cadette du président kazakh. La villa en question a été achetée pour 74,7 millions de francs en décembre dernier. Selon Me Preux, il existe des liens entre ces acquisitions et l’argent pouvant provenir de la corruption et d’autres actes frauduleux commis lors de la vente d’actifs publics pétroliers et gaziers.

Précédent

Toujours selon les informations obtenues par l’avocat des dénonciateurs, le MPC aurait d’ores et déjà demandé des saisies bancaires. Me de Preux ignore toutefois si ces requêtes ont abouti à des blocages de fonds. Ses clients ne pouvant se constituer partie civile dans cette procédure- seul l’Etat du Kazakhstan le pourrait –, ils n’ont pas accès au dossier. «Nous avons simplement été informés de l’ouverture de l’enquête», précise encore l’avocat.

Ce n’est pas la première fois que la justice suisse s’intéresse à des fonds kazakhs. Une enquête genevoise avait abouti à la saisie de quelque 80 millions de dollars, liés à des contrats d’exploitation pétrolière, et amassés sur les comptes des plus hauts dirigeants de l’Etat. Un accord avait été finalement conclu pour que ces sommes puissent être restituées à ce pays tout en servant à des programmes d’utilité publique.

La cité de Calvin abrite aussi une autre famille kazakhe fortunée mais en disgrâce. L’ancien maire d’Alma Ata, Viktor Krapunov, accusé de corruption dans son pays, a trouvé refuge sur les hauteurs de Cologny. Et son fils, Ilias, actif dans l’immobilier de luxe, a eu de grands projets pour animer Genève plage. Les ennuis de du frère ennemi Kulibayev ne seraient sans doute pas pour leur déplaire.

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