Suisse-Allemagne

Un milliardaire de Zurich derrière un don contesté à l’AfD

Le mystère sur le financement du parti allemand d’extrême droite via la Suisse est levé. Le don provient de la famille Conle, qui soutient aussi l’UDC, selon une enquête de presse

Le mystère d’un don de 130 000 euros à Alice Weidel, la co-cheffe du parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland (AfD), pourrait être enfin élucidé. L’affaire occupe la presse allemande et le Bundestag depuis l’automne dernier.

La piste du don passe par une pharmacie de Zurich (la société PWS) et par la société immobilière Conimmo, sise à Anvers. Selon le Tages-Anzeiger et la Süddeutsche Zeitung, qui ont étudié les registres de l’entreprise, les directeurs en seraient Henning Conle et son fils Henning Conle junior, tous deux résidents en Suisse.

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Selon ces médias, Conle senior est un milliardaire originaire de Duisbourg (D) qui possède les nationalités suisse et allemande et partage son existence, depuis les années 1990, entre Zurich et Londres. Il aurait fait fortune dans l’immobilier, avec la construction de logements sociaux pendant la période de la reconstruction en Allemagne. La société est aujourd’hui propriétaire d’un gros portefeuille de biens immobiliers de luxe, notamment à Londres. La famille, très discrète, ne communique pas avec la presse. Sa fortune avait été estimée à 1,35 milliard d’euros par le magazine Bilanz en 2017.

Le nom de Henning Cole est également associé, en Suisse, à l’UDC, qu’il aurait soutenue financièrement une fois au moins. Il figure en tout cas sur une liste de financement d’une manifestation du parti blochérien, selon la chaîne de télévision publique ARD. Henning Conle senior est également associé à Alexander Segert, le chef de la société de relations publiques de Zurich Goal AG, qui aurait en 2016 offert une campagne d’affichage au député de l’AfD Jörg Meuthen.

Déclaration obligatoire au-delà de 50 000 euros

Petit retour en arrière. La presse allemande révèle à l’automne dernier l’existence d’un don élevé et suspect de soutien à la campagne d’Alice Weidel, candidate du Bade-Wurtemberg aux élections législatives de 2017. Les dons aux partis politiques sont strictement encadrés en Allemagne. Tout don de plus de 50 000 euros doit être déclaré au président du Bundestag. Les dons ne peuvent provenir d’un pays hors de l’Union européenne, sauf si le donateur est un citoyen allemand.

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La piste du donateur mène vers l’entreprise PWS. Son patron, Kurt Häfliger, assure avoir servi d’homme de paille pour le compte de plusieurs personnes souhaitant conserver l’anonymat. Après avoir d’abord donné une liste de 14 noms d’Allemands résidant en République fédérale ou à l’étranger, l’avocat de PWS a finalement lâché le nom de la famille Conle, qui aurait agi dans l’ombre «pour ne pas nuire à la réputation de l’entreprise».

L’affaire des financements occultes de l’AfD a affecté l’image de ce parti, qui avait promis de «faire table rase des méthodes douteuses» des partis traditionnels.

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