Un ministre vert menacé

Des cinq conseillers d’Etat qui se représentent ce dimanche aux élections zurichoises, seul Martin Graf (Verts) se retrouve sur la sellette. «Il est très rare en Suisse alémanique qu’un membre du gouvernement ne soit pas réélu», souligne Thomas Milic, chercheur à l’Université de Zurich. C’est dire si la candidature de l’ingénieur en agronomie de l’EPFZ, responsable de la Justice et des affaires intérieures, est contestée. Selon un sondage en ligne réalisé par le politologue pour le compte du Tages-Anzeiger, le ministre de 60 ans pourrait être évincé au profit d’une nouvelle venue, la candidate PDC Silvia Steiner.

Martin Graf paie encore le prix d’une communication déficiente lors du scandale le plus médiatisé de ces quatre dernières années: l’affaire Carlos. Quand la Télévision alémanique révèle en août 2013 qu’un délinquant de 17 ans bénéficie d’un encadrement coûtant près de 30 000 francs par mois, le ministre de la Justice se mure dans le silence pendant deux semaines, puis accumule les erreurs de gestion et de communication.

Son département envoie le jeune Carlos derrière les barreaux à l’automne 2013, une décision cassée quelques mois plus tard par le Tribunal fédéral, qui estime qu’elle ne répond pas à des critères légitimes, mais à une pression médiatique. Le ministre s’en prend violemment aux juges de la Cour suprême, ce qui ne manque pas d’irriter des politiciens de droite comme de gauche. L’avocat Pierre Heusser, membre des Verts, se dit choqué de la réaction du responsable de la Justice, «qui devrait défendre l’Etat de droit», et publie un pamphlet outré, Pourquoi je n’élirai pas Martin Graf.

Des électeurs de gauche lui reprochent d’avoir cédé aux sirènes populistes; ceux de droite de laisser croître une «industrie sociale». Le politicien semble avoir tiré les leçons de l’affaire Carlos: il a réagi rapidement en janvier à la suite du double infanticide dans une famille suivie par les autorités de tutelle (Kesb), et a réclamé deux enquêtes externes.

Un homme «pragmatique»

Les électeurs zurichois se souviendront-ils d’ici à dimanche des succès et des points forts de ce père de cinq enfants, décrit comme un homme d’action, «direct» et «ouvert» par plusieurs députés?

Ancien président de la commune d’Illnau-Effretikon, Martin Graf s’est notamment distingué pour avoir entretenu de bonnes relations avec les municipalités, y compris les plus conservatrices, pour faire avancer des dossiers importants – mais moins visibles – comme la révision de la loi sur les communes. «C’est un homme pragmatique, pas un fondamentaliste», salue Thomas Isler, président de l’association des employeurs et ancien député PLR, qui a apporté son soutien au candidat vert.

«Zurich a besoin d’un représentant écologiste pour défendre l’environnement dans une métropole en pleine croissance», plaide Res Strehle, rédacteur en chef du Tages-Anzeiger. Mais le Zurichois, à la double nationalité suisse et australienne, pourrait souffrir du recul de l’électorat vert, si le canton suit la tendance entamée lors des élections à Bâle-Campagne et à Lucerne.

L’ancien employé de l’association Agridea, pour le développement de l’agriculture et de l’espace rural, spécialiste du développement en Tanzanie, avait créé la surprise en 2011 en arrivant à la 7e place lors des élections au Conseil d’Etat. Ironie du sort, il avait lui-même raflé le siège du ministre PDC qui se représentait, Hans Hollenstein. Avec seulement 2000 voix d’avance.